Avant-première

Jeudi 18 décembre 2014 4 18 /12 /Déc /2014 18:47

20000 jours sur terre (2014) de Iain Forsyth et Jane Pollard avec Nick Cave. Sortie le 24 décembre. (Carlotta Films)

  20-000-JOURS-SUR-TERRE-02.jpg

® Carlotta Films

 

Une voix-off, un commentaire très écrit, des images léchées, un montage assez sophistiqué, à la limite du maniérisme « arty » : dès les premiers plans de ce documentaire consacré à la star du rock Nick Cave, on comprend que les auteurs ne cherchent en aucun cas à saisir une vérité « sur le vif » ou à faire un portrait didactique du chanteur. Il conviendrait d'ailleurs plus d'écrire qu'il s'agit d'un documentaire avec Nick Cave plutôt que sur Nick Cave tant cette journée imaginaire en sa compagnie paraît minutieusement réglée.

Ce parti-pris a ses limites : pour un spectateur comme moi qui ne connaît absolument pas le chanteur et son œuvre (je le confesse humblement, sans la moindre forfanterie), le film n'apporte pas grand chose et ne permet pas de se familiariser avec la musique de Cave. On voit le musicien s'entretenir avec des proches mais on ne nous les présente pas, présumant que l'initié les connaît déjà (oserai-je l'avouer ? Je n'ai pas reconnu Kylie Minogue!)

Cette mise en scène très contrôlée avec une petite touche estampillée « Sundance » (où le film a été primé) qui se traduit par des plages plus contemplatives, des envolées lyriques en voix-off, des effets de montage spécieux donnent parfois au film un côté assez affecté qui peut irriter.

 

Pourtant, en dépit de ces indéniables défauts, 20000 jours sur terre parvient à attirer l'attention. D'abord parce que les cinéastes (qui viennent visiblement du monde de l'art contemporain) prennent le temps de filmer Nick Cave au travail. Sans connaître à proprement l’œuvre musicale de l'artiste, c'est toujours intéressant de le voir tâtonner, grattouiller quelques vers sur un bout de papier, jouer quelques notes de piano et enregistrer en studio (parfois avec un chœur d'enfants). Lors de ces moments, on songe à ce que Godard a fait avec les Rolling Stones (One + One) et les Rita Mitsuko (Soigne ta droite).

 

Ensuite, parce qu'ils arrivent parfois, au détour d'un raccord intelligent entre les paroles de Nick Cave et les images à saisir quelque chose de la personnalité du chanteur. Je pense à ce moment où il évoque les images de femmes qui l'ont marqué et qu'elles défilent sur un petit écran le temps d'un montage assez virtuose. Je pense surtout à la fin du film où Cave évoque son rapport très particulier aux « premiers rangs » du public pendant les concerts. Après avoir souligné cette connivence bâtie sur un mélange savant de « terreur » et de fascination, le film enchaîne sur des images réellement impressionnantes d'une prestation en concert de la star. Du coup, celles-ci acquièrent une dimension qu'ont rarement les captations de « concerts filmés ». Elles mettent en valeur la moindre intonation, le moindre geste, le moindre regard de Cave. Du coup, on en arrive presque à regretter que 20000 jours sur terre ne se concentre pas davantage sur ces performances scéniques et qu'il s'attarde presque trop sur les états d'âme du chanteur (son rapport au père, à la religion, à l'imaginaire...) ou sur un passé qu'il évoque en commentant des photos ou en dialoguant avec ses proches.

 

Car ce qui touche dans ce film, c'est moins le côté « portrait intime » que l'on peut trouver un peu trop maniéré et allusif pour ceux qui ne connaissent rien de l’œuvre de Cave que la manière dont s'articulent la sphère privée (relativement protégée quand même) et la sphère publique. Lorsque le musicien confronte son « monde intérieur » (avec un côté démiurge qu'il revendique) à la réalité, que ce soit les séances de travail (les répétitions) ou les prestations scéniques ; le documentaire semble alors plus « concret », plus touchant et beaucoup plus habité.

 

Si le résultat satisfera, à mon avis, les fidèles de Nick Cave, les autres pourront toujours goûter à ces beaux moments où, au-delà de l’œuvre elle-même, c'est le mystère de la musique et de la création que les cinéastes parviennent à capter. Pour ces instants de grâce, on ira jusqu'à pardonner toutes les scories « arty » dont le film est parfois encombré...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 29 octobre 2014 3 29 /10 /Oct /2014 10:52

Mateo Falcone (2008) d'Eric Vuillard avec Hugo de Lipowski, Hiam Abbass. Sortie en salles le 26 novembre 2014

 

mat.falcone.PNG

 

Je pourrais me faire taper sur les doigts par Michel Ciment puisque je vais commencer par avouer que je n'ai jamais lu la nouvelle de Prosper Mérimée dont ce film est tiré. Même si je ne suis pas critique de cinéma, l'auguste patron de Positif pourra se demander qui sont ces anonymes blogueurs qui osent parler du septième art sans avoir les références nécessaires. Et je n'ai même pas l'excuse d'être Ministre de la culture ! Bref, comme je suis consciencieux, je suis allé me renseigner sur ladite nouvelle et j'ai pu constater, en lisant la fiche Wikipédia (ce qui n'est pas la panacée en matière de recherche documentaire, j'en conviens aussi !), qu'Eric Vuillard restait relativement fidèle à la trame de ce récit de « mœurs corses ». Cependant, même sans avoir lu Mateo Falcone, je suis en mesure d'affirmer que le film est à Mérimée ce que Honor de la cavalliera de Serra est au Don Quichotte de Cervantès : davantage qu'une adaptation (très) libre, une sorte de variation au sens musical du terme.

 

Pourtant, tous les éléments du récit de Mérimée (le fugueur poursuivi par des soldats, le couple qui laisse son fils seul, la trahison et la terrible punition...) sont bien présents mais en filigrane, comme si les enjeux du film de Vuillard étaient ailleurs. Pour le cinéaste, l'important semble être de filmer un territoire. Il transpose le drame corse de Mérimée dans les Causses et porte une attention incroyable aux paysages. C'est d'ailleurs là que se situe la réussite d'un film qu'il faut absolument découvrir en salles (à mon avis) pour apprécier sa respiration si particulière (personnellement, j'ai été un peu frustré par le petit écran de mon ordinateur). Vuillard prend son temps pour nous offrir des plans d'ensemble somptueux sur de vastes étendues écrasées par le soleil, sur des terres arides où transitent les troupeaux de moutons. L'écrivain cinéaste prend également de temps de filmer les variations de la lumière provoquées par le mouvement des nuages, l'ondulation de la végétation sous les rafales du vent... Cette attention portée aux éléments naturels renvoie le film à une certaine mythologie du western. Les silhouettes (essentiellement masculines) taiseuses qui traversent ce décor pourraient venir d'un film de Sergio Leone ou de Clint Eastwood et Vuillard joue parfois sur les mêmes variations d'échelle des plans (un gros plan abrupt raccordant après un plan d'ensemble).

 

Du western, le cinéaste retient un certain regard désabusé sur la brutalité (voire la bestialité) de l'Homme et propose, de manière souterraine, une réflexion sur la notion de Loi et de code d'honneur (à la justice des hommes, le père substitue ici une espèce de justice ancestrale pour qui l'honneur prévaut sur la Loi et même sur les liens du sang).

 

Le film est intéressant, joliment filmé (je le répète) mais souffre aussi du symptôme d'un certain cinéma d'auteur attiré par un formalisme qui confine parfois à l’asphyxie. Autant la mise en scène de Vuillard force l'admiration, autant il peine à faire naître de la fiction. Pour prendre un exemple précis, le film est quasiment dénué de dialogues et il faut attendre la fin du premier tiers (soit 22 minutes car le film est très court – 65 minutes-) pour entendre prononcer les premiers mots.

Du coup, le spectateur identifie mal les personnages (qui sont-ils ? Pourquoi ce fuyard tente d'échapper au soldat ? Etc.). Sur un sujet assez similaire, j'ai pensé au sublime L'esprit de la ruche de Victor Erice qui parvenait si bien à articuler une forme splendide avec de vrais enjeux narratifs et un arrière-fond mythologique bouleversant.

Dans Mateo Falcone, on admire sans réserve la forme mais elle finit par ne renvoyer qu'à elle-même et à produire une fiction desséchée, sans véritable émotion. Pour prendre un autre exemple, il est évident que Vuillard parvient à filmer les paysages des Causses comme Dumont filme le Nord. Mais là où l'auteur de La vie de Jésus parvient à imposer de véritables personnages (des corps, des visages) dans cet environnement, Vuillard peine à les faire exister autrement que comme des figures théoriques un poil désincarnées.

 

Malgré ces réserves, il convient de souligner que Vuillard possède un authentique regard de cinéaste et que la singularité de son univers rend son film attachant et prometteur. Gageons qu'il s'agit d'un coup d'essai en attendant d'autres œuvres où son formalisme ne sera pas aussi étouffant...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 6 septembre 2014 6 06 /09 /Sep /2014 13:25

Saint Laurent (2014) de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier, Louis Garrel, Léa Seydoux, Dominique Sanda, Valeria Bruni Tedeschi.

  bof.jpg

Avec L'Apollonide, Bertrand Bonello était parvenu à une sorte de perfection formelle en filmant un monde clos (celui d'un bordel à la toute fin du 19ème siècle) et ouaté. Mais le style envoûtant et opiacé du film ne faisait jamais d'ombre à un certain sens du romanesque (les références à Hugo) et à un propos passionnant sur un monde en train de s'effondrer.

Lorsque débute Saint Laurent, on a le sentiment que le cinéaste veut reprendre les choses là où il les avait laissées avec L'Apollonide : le portrait d'un créateur de mode hors-pair, symbole même d'un certain artisanat transcendé par le style mais également d'un monde en train de basculer.

Après un prologue intriguant situé en 1974, le film remonte le temps jusqu'en 1967, moment où Yves Saint Laurent devient la star que l'on connaît. Le début du film est très séduisant. D'une part parce que Bonello est un remarquable metteur en scène (je n'apprendrai rien à personne!) et qu'il parvient à retrouver l'élégance de son film précédent : mouvements de caméra amples et souples, atmosphère irréelle et éthérée (les très belles scènes en boite de nuit), une certaine langueur envoûtante... D'autre part, le cinéaste semble renouer avec le propos de L'Apollonide : le passage d'un monde à un autre, le paradoxe du « moderne » épris d'une certaine idée de la beauté en train de disparaître avec cette modernité... Le propos est parfois souligné de manière un peu insistante avec cette lettre de Warhol où l'artiste évoque les questions de la notoriété et de la reconnaissance qui se substituent désormais à celles de l'art et de la beauté (d'où le goût de Warhol pour les publicités et la mode).

Avec Saint Laurent, le cinéaste semble vouloir évoquer la question du créateur prit en tenaille entre un certain artisanat, un penchant pour le style et la beauté et le rouleau compresseur de l'industrie. Autoportrait de Bonello ? Sans doute un peu et c'est sans doute pour cela que le cinéaste apparaît lui-même en journaliste à la fin du film pour expliquer pourquoi il aimait Saint Laurent (scène ratée car trop explicative).

Le problème, c'est qu'après un début très brillant (disons la première heure), le cinéaste va devoir composer avec les codes d'un genre assez sclérosé : le « biopic ». Qu'est-ce que Bonello fait des histoires de cœur de Saint Laurent (avec Pierre Bergé, bien entendu, incarné par un Jérémie Renier méconnaissable), de ses « troubles » (l'alcool, la défonce...), de sa destinée ? Et c'est là que le bât blesse. Assez rapidement, la virtuosité du cinéaste tourne à vide et il se laisse gagner par une certaine imagerie du « biopic ». A un moment donné, il évoque par le biais d'un dialogue entre Yves Saint Laurent et un mannequin le cinéma de Kenneth Anger. Or Bonello emprunte une voie radicalement différente de celle de ce cinéma de « visions » qu'il vise parfois. Quelque chose se fige chez lui et il ne reste de son récit qu'une coquille vide, où ne brillent ni le feu de la passion, ni l'intensité de la tragédie.

 

A l'inverse de L'Apollonide, c'est le sens du romanesque qui manque à Saint Laurent : la fascination que provoque la première partie du film cède le pas à un ennui assez profond (le film dure 2h30 et semble vraiment interminable). Bien sûr, on peut souligner la qualité de la performance de Gaspard Ulliel mais il a une diction à la Finkielkraut assez rédhibitoire ! Le problème du film est peut-être qu'il est à l'image de son personnage : totalement superficiel. Mais peut-être que ces réticences viennent de moi et que j'ai moins de mal à m'identifier et à être touché par des prostituées de 1900 que par une grande folle mondaine !

 

Reste un film assez stylé dans sa première partie mais qui se poursuit ensuite par une succession de saynètes relevant davantage de la vignette que d'un véritable projet de cinéma. Cette fascination pour une époque où tout semblait possible (l'art, la révolution, la jeunesse éternelle, les paradis artificiels...) ne fonctionne que par intermittence (notamment grâce à une très belle bande-son qui rapproche Bach et le Velvet Underground).

Pour le reste, on ne dépasse guère le stade d'un certain esthétisme « arty » qui me donne envie de reprendre les mots d'un critique des Cahiers du cinéma évoquant Pulp fiction à l'époque : « trop d'émail, pas assez de pulpe » !

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Vendredi 15 août 2014 5 15 /08 /Août /2014 11:06

Lacrau (2013) de João Vladimiro. Sortie le 27 aout 2014


vlcsnap-2014-08-15-11h09m21s37.png

Un enfant assis sur un rocher hésite à sauter dans l’eau. La caméra le cadre de manière à ce que le spectateur ne voie pas le vide qu’il y a sous ses pieds. Il sourit, fait mine de se lancer, se ravise puis finit par sauter. Dans la foulée, une étrange cérémonie semble se dérouler sur l’eau : un vieil homme mort dérive lentement sur une embarcation de fortune.

Ainsi débute Lacrau, étrange film qui navigue entre le documentaire ethnographique et le film expérimental. Outre sa splendeur plastique qui évoque parfois La nuit du chasseur, cette entrée en matière précise déjà tous les enjeux de l’œuvre : un jeu de contrastes permanent (la jeunesse et la vieillesse, la vie et la mort) grâce auquel le cinéaste nous offre une sorte de récit cosmogonique sans avoir recours à la narration.

Comme tout film « expérimental », Lacrau relève plus de la musique que du récit cinématographique traditionnel : jeu de rimes, de contrepoints, de rythmes et de mélodies.  Après cette ouverture sur les eaux, le film va jouer sur le contraste entre la ville (silhouettes anonymes qui déambulent le long des rues, visions nocturnes d’un parking de zone industrielle désert…) et la campagne.

Le cinéaste nous emmène alors dans les régions agricoles du nord du Portugal et filme avec patience les gestes d’éleveurs de chèvres ou la mise à mort d’une truie. Pour ma part, j’avoue que cette partie « humaine » est celle que j’aime le moins. Sans doute parce que la teneur même du projet empêche d’avoir une quelconque empathie pour ces individus qui resteront à jamais « anonymes » (précisons que le film est dénué de dialogues et qu’on n’y entend (quasiment) pas de voix humaines). Du coup, ces passages m’ont paru un peu trop « arty », comme si le cinéaste tentait de renouer avec une certaine « simplicité » du monde mais de manière trop théorique pour séduire.


Peu à peu il se détache néanmoins de ces figures humaines pour se concentrer sur ce qui l’intéresse le plus : des paysages, des ruisseaux, le minéral et le végétal avec, là encore, des contrastes et des jeux d’associations étonnants. Je pense notamment à cette manière qu’à Vladimiro de retrouver des traces de figures humaines dans la découpe de certains rochers. Et il parviendra même, un peu plus tard, à voir une figure se dessiner dans une flaque d’eau où se reflètent des néons urbains.

Il y a une indéniable poésie qui se dégage de la manière dont il filme les éléments qui nous entourent et qui acquièrent, devant sa caméra, une familiarité à la fois étrange et singulière. Dans cette façon de se mettre au diapason de la nature (il y a des plans de ruisseaux et de chutes d’eau d’une stupéfiante beauté), le cinéma de Vladimiro évoque parfois celui de Jean-Claude Rousseau lorsqu’il tourne La vallée close. Les deux pratiquent un cinéma « minimaliste », presque domestique (il s’agit de filmer des promenades dans la forêt) mais porté par une ambition formelle très riche. Dans Lacrau, le cinéaste joue sur divers type d’images et de formats (certains plans sont en 16mm tandis que d’autres semblent tournés en vidéo), sur les effets de lumière (une splendide séquence où les paysages nocturnes sont soudain éclairés comme si un orage puissant les révélait) et un montage d’une rare intelligence.

Je vous laisse la surprise mais la séquence finale, à elle seule, mérite le détour et aurait pu faire, si elle avait été isolée du film, un court-métrage absolument sublime.


Tout n’est peut-être pas du même niveau dans Lacrau et d’aucun pourront trouver l’expérience un peu aride. Mais pour ceux qui n’ont pas peur de s’éloigner un peu des sentiers balisés du cinéma formaté, ce film possède une force et une beauté singulières assez indéniables… 

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 mars 2014 3 26 /03 /Mars /2014 22:11

Les nouvelles (més)aventures d’Harold Lloyd

 

Harold chez les pirates (1919) d’Hal Roach

Un, deux, trois…partez ! (1919) d’Alf Goulding

Mon ami le voisin (1919) d’Harold Lloyd et Frank Terry

Harold à la rescousse (1917) d’Alf Goulding

 

Editions Carlotta. Sortie en salles le 9 avril 2014

 vlcsnap-2014-03-26-21h41m59s50.png

 

Il y a quelques années, les éditions Carlotta nous avaient proposé une sélection de trois courts-métrages désopilants de l’immense Harold Lloyd. Rebelote avec un nouveau programme composé de 4 courts-métrages restaurés et plutôt rares.

Ces films correspondent à la période Bebe Daniels du comédien puisque de 1914 à 1919, la jeune femme sera son égérie et sa partenaire à l’écran. C’est seulement en 1919, lorsque l’actrice décide d’entamer une carrière « sérieuse » (avec Cecil B.de Mille, notamment), qu’elle sera remplacée par Mildred Davis que l’on peut voir, par exemple, dans le génial Monte là-dessus.

Si le personnage du « garçon aux lunettes d’écaille » créé par Harold Lloyd et Hal Roach est déjà bien rodé, avouons que ces quatre films ne sont pas les meilleurs de l’acteur burlesque.

Les spécificités de son jeu, y compris les cascades spectaculaires (Oh, la belle voiture !)  et les acrobaties étonnantes (Monte là-dessus !,  Voyage au paradis) ne sont pas encore au rendez-vous et le spectateur doit se contenter de mini-récits plus conventionnels. Néanmoins, au cœur de tous ces films, il y a toujours un passage génial qui compense les quelques facilités qu’on peut déceler ça et là.

 

Harold à la rescousse, le plus ancien de ces courts-métrages, se déroule à la plage où notre jeune homme cherche à conquérir le cœur de la belle jeune fille convoitée par un maître-nageur et un snob. Il endosse à son tour l’uniforme de maître-nageur et produit des quiproquos et des catastrophes en série. On retiendra surtout de ce film un échange de pancartes qui donne lieu à un festival de claquements de portes et de rencontres imprévues. Mais la singularité du jeune homme romantique maladroit et lunaire que peaufinera par la suite Harold Lloyd n’apparait ici que très peu. Même chose dans Mon ami le voisin où celui qui sera toujours nommé « le garçon » forme un couple Bebe Daniels et vit en bonne entente avec son voisin (là encore, le troisième larron est systématiquement interprété par Harry Pollard). Pour une broutille, les choses s’enveniment et la guerre éclate entre les deux couples voisins. On songe à la fois au principe du « œil pour œil, dent pour dent » illustré par Laurel et Hardy ou à un phénomène d’exagération que Norman McLaren reprendra dans Les voisins.

 

Dans Un, deux, trois…partez !, Bebe incarne encore le pot de miel où viennent butiner toutes les abeilles. Face à tous ces prétendants, Harold tente d’élaborer des stratégies pour conquérir le cœur de la belle. Il participera notamment, bien malgré lui, au marathon organisé par les parents de la jeune fille pour départager lesdits prétendants. Comme les deux titres précédents, le film est vif et ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Mais il possède en plus une scène d’anthologie que l’on nommera « la scène au miroir » où Harold Lloyd se surpasse et est tordant. Ce genre de scène, on en reverra par la suite assez souvent (y compris chez les Marx brothers) mais elle atteint ici des sommets de drôlerie.

 

Enfin, Harold chez les pirates est à la fois le plus longs de ces films (une vingtaine de minutes contre dix pour les autres) et le plus réussi. La veille de son mariage avec Bebe, notre héros organise un enterrement de vie de garçon très arrosé. Furieuse, sa future belle-mère annule la cérémonie et part avec sa fille aux Canaries. Harold décide de prendre le bateau pour la rejoindre… Le film est composé de deux grands mouvements burlesques : la première partie que l’on pourrait intituler « difficile lendemain de fête » et une deuxième où le jeune homme est confronté à un équipage de pirates…uniquement composé de femmes. L’intérêt de ce film est de présenter un Harold Lloyd un peu moins « lisse » que ce que l’on peut imaginer puisqu’on le découvre ici en fêtard épris de boisson et résolument attiré par les attraits de la gent féminine. Les scènes sur le bateau virent souvent aux bagarres épiques qu’Hal Roach filme avec un sens du montage et du rythme sans faille. La scène où Harold Lloyd se bat avec un cuisinier chinois est hilarante et la vitesse à laquelle les deux protagonistes brisent la vaisselle est assez ahurissante.  

Par ailleurs, le film propose une assez amusante variation autour de la « guerre des sexes » avec cet équipage féminin peu accorte que le garçon tente malgré tout de séduire.

 

Pour la petite histoire, c’est le dernier film que Bebe Daniels tournera avec Harold Lloyd. Conclusion en beauté d’une longue série de films même si, je le répète, ceux présentés ici m’ont paru un peu mineurs.

Mais comprenons-nous bien : des Harold Lloyd mineurs à l’époque où, en guise de comédie, on nous offre du Fiston, il est inutile de préciser qu’il n’y a pas à tergiverser et qu’ils méritent, bien entendu, d’être (re)découverts !

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Décembre 2014
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés