Annie ou la fin de l’innocence (1976) de Massimo Dallamano avec Annie Belle

Visages du cinéma italien : 30- Massimo Dallamano

C’est avec une relative confiance que j’ai abordé cet avant-dernier film de Massimo Dallamano (prématurément disparu dans un accident de voiture en 1976) dans le cadre de mon panorama du cinéma italien. En effet, je connaissais du cinéaste Mais…qu’avez-vous fait à Solange ?, un excellent giallo (un des meilleurs du genre) et La Lame infernale, film hybride et particulièrement réussi entre le giallo (toujours) et le poliziottesco. Avant cela, Dallamano fut un chef-opérateur renommé (il a débuté en 1946), notamment pour Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus…) et même pour Michel Deville (On a volé la Joconde). En 1967, il signe sa première fiction, un western intitulé Bandidos, et tournera par la suite une dizaine de longs métrages.

Un des thèmes qu’abordera souvent le metteur en scène, c’est celui de l’adolescence en danger. Dans La Lame infernale, par exemple, il livre une féroce charge contre une société corrompue qui n’hésite pas à prostituer des lycéennes. En ce sens, on pouvait espérer qu’ Annie ou la fin de l’innocence aille dans le même sens puisque la jeune héroïne quitte sa pension pour se rendre à Hong-Kong avec une espèce de mentor amoureux d’elle, qui se fait passer pour son père. Sur place, elle fera connaissance avec un couple millionnaire, adepte de l’échangisme et qui initiera la jeune fille aux plaisirs de l’amour…

Si le thème de l’innocence perdue parcourt en filigrane le récit, puisque Annie perdra sa virginité de la pire des manières en se faisant violer, Dallamano n’en fait rien et se contente de nous offrir un ersatz mollasson du déjà très nul Emmanuelle. Tous les ingrédients sont là : un peu d’exotisme (cet Orient mystérieux où l’amour « n’est pas un péché »), un peu d’érotisme (mais pas de quoi effrayer les trépanés de Civitas) et un parcours initiatique qui semble ouvrir plusieurs pistes (la vengeance après le viol ? Le tournage d’un film de kung-fu ?) sans jamais les suivre. Tout cela est fort languissant et on s’ennuie ferme, propulsés que nous sommes vers ces mornes soirées du dimanche soir où M6 diffusait des cochonneries de cet acabit. Les plus indulgents me rétorqueront que Dallamano n’est pas un cinéaste malhabile et qu’il sait soigner ses images. Certes, mais il faut aimer les cartes postales et lorsqu’il ose le ralenti sur ses deux héroïnes qui courent sur la plage l’une vers l’autre, le cul à l’air, sur une chansonnette sirupeuse, on est au bord du fou-rire.

D’autre part, certains aspects du film se révèlent très désagréables. Dans une soirée mondaine, Annie confie qu’elle est toujours vierge. Les invités, toujours spirituels, lui offrent quelques temps après une ceinture de chasteté. Après l’agression et le viol de la jeune femme, ladite ceinture refait son apparition mais quelqu’un trouve le moyen de dire, devant une assemblée hilare, qu’Annie n’en aura désormais plus besoin. Si on ajoute un médecin qui parle de « léger choc » et qui se marre en constatant qu’elle a été « bien violée », on comprendra – en utilisant un doux euphémisme- que le cinéaste se montre pour le moins léger sur cette question du viol. Éventuellement, on pourra y lire une critique de cette société de nantis où les hommes se comportent comme des porcs mais il aurait fallu plus de mordant à l’ensemble.

Reste alors la performance d’Annie Belle. On ne peut pas dire qu’elle soit une grande actrice de composition mais son charme pallie les faiblesses du rôle qu’on lui fait tenir. La jeune française débuta chez Jean Rollin alors qu’elle avait à peine 18 ans avant de devenir l’une des starlettes les plus prisées du cinéma érotique italien. On la croisera notamment dans Laure, co-réalisé par… Emmanuelle Arsan (tout se recoupe !) ou dans Vicieuse et manuelle (décidément) de Brunello Rondi. Pour la comédienne, on tient jusqu’au bout de ce long-métrage fort décevant, où Dallamano semble avoir fait une croix sur toutes ses ambitions.

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