Visage(s) du cinéma italien : 83- Sergio Garrone
SS camp 5 (1977) de Sergio Garrone avec Paola Corazzi
La « nazisploitation » avait déjà fait l’objet d’une note au cours de ce périple à travers les terres les plus méconnues du cinéma italien. Surgeon aberrant du « W.I.P » (pour « Women in prison »), cet éphémère courant a prospéré quelques années suite au succès du Salon Kitty de Tinto Brass. Avec une absence totale de mesure et de bon goût, les cinéastes italiens se sont rués sur un filon permettant d’exacerber l’érotisme (la promiscuité de femmes emprisonnées, souvent vouées à la prostitution) et la cruauté des situations (les horreurs nazies rendant forcément anecdotiques les exactions sadiques de ces représentations fictives).
Sergio Garrone, dont la carrière fut relativement modeste (13 films entre 1968 et 1981) et dont on citera surtout le western Django le bâtard (1969), a signé consécutivement deux films relevant de la nazisploitation, dans les mêmes lieux et avec quasiment le même casting. En 1976, il signe le très mauvais Horreurs nazies et enchaîne avec ce SS camp 5 que l’on connaît également sous les titres de L’Enfer des femmes ou Roses rouges pour le Führer !
Comme dans Salon Kitty, des prisonnières de guerre dans un camp de concentration sont utilisées comme prostituées afin de garder le moral des troupes nazies. Par ailleurs, des médecins se livrent à des expérimentations médicales en utilisant des cobayes humains qu’ils maltraitent en toute impunité…
Le cahier des charges du genre est respecté. Le spectateur aura droit à son quota d’érotisme modéré, qui se résume essentiellement à montrer quelques filles à poil lors des proverbiales et cathartiques scènes de douche collective. Une des prisonnières, d’origine jamaïcaine, réinvente également la célèbre danse de Joséphine Baker mais sa ceinture de bananes n’en compte qu’une, ce qui rend les choses plus difficiles pour dissimuler son intimité !
Les filles sont également dévêtues lors des scènes de torture attendues. De ce côté, Garrone se montre assez cruel sans pour autant pousser le bouchon trop loin. Certes, nous assisterons à divers sévices comme ces ongles qu’un tortionnaire arrache avec une pince ou cette tête écrasée dans un étau. Mais la maladresse de la réalisation et l’amateurisme des effets-spéciaux rendent le spectacle tout à fait supportable. Même les scènes les plus gores, qu’il s’agisse de cette prisonnière éventrée par une sorte de gant muni de lames ou cette langue arrachée lors d’un passage qui fait furieusement penser aux scènes finales de Salo de Pasolini, paraissent finalement assez anodines.
Dans le cadre de ce filon très particulier, SS camp 5 se situe dans une honnête moyenne : ni languissant comme Horreurs nazies ou Les Tigres du désert de Batzella mais sans les excès ou la folie d’un film comme La Dernière Orgie du IIIème Reich de Cesare Canevari.
Mais encore une fois, il faut se départir de son regard de « cinéphile » classique pour apprécier ce genre d’ouvrage. En effet, tout suinte la complaisance et le mauvais goût douteux. Nous sommes à mille lieues des débats autour du « travelling de Kapo » ou de La Liste de Schindler dans la mesure où Garrone ne se pose aucune question éthique et qu’il n’hésite même pas, faute de goût ahurissante, à insérer de véritables images des camps au générique de son film et dans le cours de sa fiction. Tout se passe comme s’il s’agissait d’offrir à son grand-guignol d’opérette une caution « documentaire ». Alors que, paradoxalement, c’est cet aspect grand-guignolesque qui fait le charme du filon. Il faut regarder ces films comme on lirait les « fumetti » pour adultes qui nous enchantent par leurs outrances et leur absence totale de subtilité. Et dans la mesure où notre époque est de plus en plus lisse, de plus en plus vétilleuse quant aux divers excès permis dans le champ de l’art, ce SS camp 5 se regarde avec une pointe de nostalgie amusée.
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