Car seuls les nouveaux Dieux ont mordu la pomme de l'amour (2003) de et avec Gérard Courant et Alain Paucard, Jean-Pierre Bouyxou, Raphaël Bassan

Retour en 2003

Découvrir les « carnets filmés » de Gérard Courant équivaut souvent à plonger dans un bain de jouvence. Ces « journaux intimes » nous invitent à nous retourner sur notre propre passé et à nous demander ce que nous faisions, nous, à l'époque.

2003, par exemple, période couverte par Car seuls les nouveaux Dieux ont mordu la pomme de l'amour (sauf erreur, doit s'agir d'un des derniers carnets filmés en Super 8), c'est l'année de la canicule. Canicule que l'on peut deviner lors de la séquence cycliste filmée dans l'Ain en août.

De mon côté, c'est l'année où j'ai préparé le CAPES et où j'ai débuté, comme stagiaire (en septembre) en collège. Je me souviens également avoir vu Renaud en concert à Chalon-sur-Saône et le groupe La Tordue un 10 avril. Si je me souviens exactement du jour, c'est qu'avant un printemps particulièrement chaud, il avait neigé à ce moment là. Une neige que l'on retrouve chez Gérard Courant mais en janvier, à Montreuil (c'est la séquence qui ouvre le film).

2003, on parlait alors beaucoup de la double peine et des sans-papiers. Je me souviens être allé à Paris, place de la République, pour voir un concert contre cette fameuse double peine qui regroupait Les Têtes raides, La Tordue (encore!), Zebda et Yann Tiersen (entre autres). Gérard Courant, lui, a filmé depuis sa fenêtre une manifestation de sans-papiers à Montreuil.

Car seuls les nouveaux Dieux ont mordu la pomme de l'amour appartient à la veine bucolique des carnets du cinéaste. Car si certains sont davantage urbains, centrés sur des événements culturels et artistiques, d'autres, comme celui-ci, se déroulent en province où Courant prend le temps de filmer la nature, les routes de campagne, la forêt, la montagne. Une grosse partie du film se déroule à Burzet, en Ardèche, où Courant a filmé chaque année la reconstitution de la passion du Christ le Vendredi saint. Un projet qui aboutira au film 24 passions dont on voit ici les « à-côtés » (les stations du chemin de croix avant l'arrivée des pèlerins, les lieux vides...)

2003, c'est également l'année où l'émission « Court-circuit » a consacré un sujet au Cinématon du réalisateur. Il est présenté ici dans sa (presque) intégralité. Un sujet qui s'explique par le fait que le projet pharaonique de Gérard Courant fêtait alors ses 25 ans, occasion pour le cinéaste de réunir quelques amis et complices au 42 rue de l'Ouest dans le 14ème arrondissement pour célébrer l'événement le temps d'un Portrait de groupe (le n°226). On y reconnaît Raphaël Bassan, Dominique Noguez, Alain Paucard ou encore Jean-Pierre Bouyxou qui vient de nous quitter (c'est sa -très brève- présence qui m'a poussé à me pencher sur ce carnet en particulier).

A noter que la version disponible sur YouTube est la version originale du film, mais il existe également une version « restaurée » avec de nouveaux cartons, une dédicace à Raymond Lefèvre (professeur de philosophie et écrivain de cinéma) et une petite séquence finale en plus dédiée au 33 ans de cinéma du réalisateur. Telles les ouvrières des usines Lumière, les amis de Courant (Bassan et Paucard font, à nouveau, partie du groupe) sortent de la station de métro Danube dans le 19ème arrondissement. Là encore, l'événement donnera lieu à un Portrait de groupe (le n°230).

2003, c'était hier et ces images semblent pourtant ressurgir d'un monde disparu et enfoui à tout jamais. Le temps scellé par Gérard Courant a le goût et l'amertume d'un passé à jamais révolu.

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