Visage(s) du cinéma italien : 84- le decamerotico
Fiorina la vacca (1972) de Vittorio De Sisti avec Janet Agren, Ewa Aulin, Ornella Muti.
Pasolini a fait beaucoup de mal au cinéma italien. Que mes rares lecteurs ne montent pas tout de suite sur leurs grands chevaux. Il ne s’agit pas, derrière cette sentence lapidaire, de remettre en question le génie du cinéaste. Il s'agit plutôt de pointer les effets désastreux que le succès du Décaméron a provoqués chez les tâcherons du bis transalpin. En effet, le triomphe de cette adaptation de Boccace va engendrer un mini-filon qui possède même un nom (le « decamerotico » !) et qui perdurera jusqu’en 1976, avec un déferlement en 1972 (une trentaine de films) et 1973. Loin de la truculence de Pasolini, les suiveurs vont se contenter d’appliquer une seule formule : de la comédie lourdingue et de la fesse dans un contexte médiéval et sous la forme de sketches. Même la France a payé son tribut à ce sous genre puisque Claude Pierson a signé un Joyeux compères de sinistre mémoire (adapté, il est vrai, de L'Heptaméron de Marguerite de Navarre)
Aux manettes de Fiorina la vacca, le peu renommé Vittorio De Sisti qui débute sa carrière à la fin des années 60 et la termine à la télévision après quelques comédies érotiques qui ne sont pas restées dans les mémoires - doux euphémisme -: Quand l’amour devient sensualité avec Agostina Belli en 1973 ou Lezioni private avec Carroll Baker en 1975, par exemple.
Comme son titre l’indique, le film s’appuie sur la vache Fiorina comme un fil conducteur. Passant de propriétaire en propriétaire, elle fait le lien entre diverses saynètes reposant toutes sur le même axiome : une femme frustrée par un mari rustre va trouver tous les stratagèmes pour le cocufier. J’ignore si c’est la VF qui produit cet effet mais le film est d’une vulgarité hallucinante. Sans être particulièrement prude (vous me connaissez !), les dialogues sont truffés d’insultes, de jurons et d’évocations scatologiques à faire pâlir Bigard. Un seul exemple pour mesurer le niveau où se situe le film : un sketch repose sur le fait qu’un des amants d’une épouse délaissée se révèle sujet aux flatulences lorsqu’il est victime d’une émotion forte. Outre les bruitages adéquats que je vous laisse imaginer (préfigurant les riches heures de La Soupe aux choux), nous devrons subir ce moment où le coquin volage, surpris par le mari, doit se cacher dans un coffre plein de farine. Les gaz qu’il libère alors le confondent et font voltiger ladite farine. Hilarant, non ?
La nullité de l’œuvre est à peu près absolue et j’avoue ne l’avoir regardée que parce qu’elle nous offre le plaisir, le temps d’un sketch, de voir la ravissante Ornella Muti (qui ne se déshabille pas mais je ne suis pas certain qu’elle fût majeure à l’époque). Elle y incarne une oie blanche qui pense avoir « perdu son honneur » (sa mère ne lui a pas précisé de quoi il s’agissait mais s’est contentée de lui indiquer un endroit imprécis du côté du bas-ventre). Heureusement, elle rencontrera un tendre jouvenceau qui lui proposera de fixer solidement cet « honneur » grâce à l’outil dont il dispose…
À côté de la belle Ornella, les amateurs reconnaîtront Janet Agren qui sera bien malmenée dans le Frayeurs de Fulci et qui tourna, outre de nombreuses œuvres bis, dans Avanti ! de Wilder et le Kalidor de Fleischer. On retrouve également Ewa Aulin, vue dans La mort a pondu un œuf ou encore Cérémonie sanglante de Jorge Grau. Mais à part ces comédiennes (et d’autres plus anonymes) qui nous gratifient parfois de leurs charmes (légèrement) dévoilés, il n’y a rien à sauver de ce sinistre navet.
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