The House of the Devil (2008) de Ti West avec Jocelin Donahue, Greta Gerwig, Dee Wallace

Attentes déjouées

En se penchant sur les notes des spectateurs du site AlloCiné et sur les avis laissés en commentaire, on constatera que The House of the Devil de Ti West traîne une mauvaise réputation. De la plupart de ces critiques ressort l’idée qu’il s’agit d’un film où « il ne se passe rien » pendant plus d’une heure et qu’il est aussi « long » qu’ « ennuyeux ». Rappelons d’abord que la notion « d’ennui » est sans doute la plus subjective qui soit au cinéma et qu’elle ne constitue en aucun cas un critère de jugement des œuvres. Je ne me suis pas « ennuyé » une seule seconde en découvrant les trois heures et vingt minutes de Jeanne Dielman de Chantal Akerman (où, techniquement, il ne se passe pas grand-chose) alors qu’il me suffit d’à peine cinq minutes pour être accablé par les blockbusters pompiers et boursouflés de Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux) ou n’importe quel Star Wars.

Avec The House of the Devil, Ti West entend rendre hommage au cinéma fantastico-horrifique des années 70/80 : une pincée de slasher, une louche de maison hantée et un soupçon de satanisme bon teint pour assaisonner le tout. Si le film n’est pas précisément daté, certains détails indiquent que nous sommes une trentaine d’années avant la réalisation du film (2008) : l’utilisation des cabines téléphoniques, les cassettes écoutées sur un walkman par l’héroïne…

Mais l’intérêt du film tient à sa manière de déjouer les attentes et de ne pas se contenter d’un simple hommage nostalgique. La scène d’ouverture est, à cet égard, assez significative puisque Samantha (Jocelin Donahue) visite un appartement que la propriétaire semble pressée de louer (elle ne lui demande même pas de caution). Le spectateur pense alors que cette « maison du diable » va être ce lieu, surtout que c’est Dee Wallace (héroïne de Hurlements de Joe Dante et de Cujo) qui joue la propriétaire pressée et qui incarne ce « passage de relais » entre générations.

Mais très vite, on se rend compte que ce n’est pas le cas. La jeune femme doit, pour pouvoir payer son loyer, gagner de l’argent. Elle répond alors à une étrange annonce afin d’être engagée comme « baby-sitter ». Les choses ne se dérouleront évidemment pas comme prévu…

L’intelligence de Ti West va être de jouer la carte de la suggestion et de la montée progressive de la tension. Alors effectivement, pour les ados attardés qui veulent jouir tous les quarts d’heure d’une scène choc et/ou sanglante (l’horreur envisagée comme de la pornographie, réduite au retour régulier des scènes attendues), le film risque d’être décevant. Mais en ne filmant que l’attente et de menus indices troublants (une amie – Greta Gerwig - qui ne répond plus au téléphone, des bruits suspects dans les canalisations, l’attitude inquiétante des hôtes partis dîner…), le cinéaste fait monter l’angoisse de manière tout à fait convaincante, sans abuser des effets de surprise attendus (même s’il y en a un ou deux). On songe davantage à la première partie de l’admirable Terreur sur la ligne de Fred Walton où le cinéaste, avec une économie de moyens remarquable, parvient à susciter la peur chez le spectateur.

Finalement, lorsque le film entre dans sa phase de résolution, il devient presque moins intéressant. La mise en scène, jusqu’alors assez tenue et sobre (en dépit de quelques zooms utilisés en guise d’hommage aux films d’époque), s’emballe et devient un peu plus tapageuse (effets de flash, ralentis, caméra qui chavire…) et le « climax » est presque trop vite expédié.

Cela ne suffit pourtant pas à ternir la bonne impression que laisse au bout du compte ce film d’horreur classique mais efficace. Un épilogue malin parvient même à relancer l’intérêt et à nous renvoyer aux grandes heures de Rosemary’s Baby. Et nous prouve que Ti West est sans doute l’un des plus passionnants cinéastes du moment œuvrant dans le genre fantastique…

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