La Rom-com à tout prix (2026) de Sandra Onana, Lucas Aubry et Quentin Mével (PlaylistSociety, 2026)

La comédie romantique en question

La collection Face B des éditions PlaylistSociety, constituée de livres d'entretiens, est souvent passionnante lorsqu'elle part à la rencontre de cinéastes et nous propose un regard rétrospectif sur une œuvre (Pierre Salvadori, Laurent Cantet, Patricia Mazuy, Sophie Fillières...). Lorsqu'il s'agit de regrouper plusieurs entretiens autour d'un « thème », le résultat est souvent moins probant (le volume autour de la comédie était intéressant, celui autour du « cinéma de genre », moins).

Il est bien évidemment louable de donner la parole à de jeunes réalisateurs qui feront sans doute le cinéma français de demain. C'est d'ailleurs la principale qualité de ces ouvrages qui témoignent d'une vraie curiosité pour la création dans ce qu'elle a de plus contemporain. À l'inverse, on peut trouver que cette manière de regrouper tous ces noms derrière une étiquette commune (ici, la « comédie romantique ») a quelque chose d'un peu artificiel. C'est d'ailleurs ce qui frappe en lisant la plupart des entretiens : la plupart des cinéastes ne se reconnaissent pas forcément dans le genre. Alice Douard dit qu'elle voulait avant tout « faire un film d'amour » tandis que Martin Jauvat, à propos de Baise-en-ville, parle d'une « anti-comédie romantique, parce que tout le scénario met en place des stratagèmes pour qu'il y ait des romances, mais il n'y en a jamais. » Mourad Winter pense même que ce qui fonctionnait dans les années 90 : « maintenant c'est fini ».

À partir de ce constat paradoxal, l'ouvrage peine à former un tout cohérent, même si les entretiens peuvent éventuellement éclairer et intéresser si on a vu et aimé les films dont il est question (de mon côté, je n’ai vu que Des preuves d'amour et Baise-en-ville). Il est à l'image du texte introductif de Sandra Onana : ni mauvais, ni pleinement abouti. L'essayiste ne parvient pas à définir avec précision ce qu'est une « comédie romantique », limitant sa réflexion à une référence incontournable Stanley Cavell et sa « comédie du remariage » , puis alignant quelques références (Woody Allen, Nora Ephron…) avant de saupoudrer le tout d'un discours sociologisant dans l'air du temps (une pincée de #MeToo, un petit couplet sur les « exclus »...). L'ensemble ne dépasse guère le panorama journalistique basique et c'est le principal reproche qu'on fera à La Rom-com à tout prix : un cadre un peu étriqué où l'on cherche à faire entrer coûte que coûte diverses individualités mais sans que ces dialogues parviennent à se rattacher clairement au fil directeur choisi.

Encore une fois, le résultat n'est pas inintéressant mais ressemble davantage à ce qu'un magazine de cinéma aurait pu publier en consacrant un numéro spécial au jeune cinéma français. Chacun pourra apprécier ces interviews en tant qu'entités autonomes mais on ne dépassera jamais cette approche journalistique peinant à cerner précisément son sujet.

La « comédie romantique », si tant est que le genre existe vraiment en tant que tel, aurait sans doute mérité un traitement plus approfondi.

Retour à l'accueil