Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 22:08
Ayant pris beaucoup de retard dans mes chroniques DVD, je n'ai plus beaucoup de temps pour alimenter ce blog.
Alors puisque j'ai eu le grand honneur de rentrer aujourd'hui dans la famille des "Cinématonés", je vous propose un petit hommage à Gérard Courant avec l'un de ses "Cinématons" les plus drôles : celui de Terry Gilliam
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Par Dr Orlof - Publié dans : divers
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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 19:10

Echanges de partenaires (1976) de Frédéric Lansac (alias Claude Mulot) avec Moanie Munier, Dawn Cumming, Karine Gambier, Jack Gatteau

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Ce n’est pas la première fois que je peste contre cette manie qu’ont certaines chaînes câblées d’exhumer des pornos de « l’âge d’or » (ce qui, en soi, est une excellente initiative !) pour les diffuser en prime time dans des versions mutilées (et sachant ce qui est mutilé, on devine que ça doit être fort douloureux !). Loin de moi l’idée de réclamer du porno hard en première partie de soirée (admettons qu’il faille davantage protéger les mouflets de ce dangereux fléau plutôt que du permanent lavage de cerveau opéré par la publicité, de la trogne omniprésente de notre président de la « raie publique », des jeux vidéos débilitants ou de l’esprit braillard et nationaliste du sport…) mais ne pourrait-on pas envisager une vraie politique de redécouverte de ce genre méprisé (pourquoi y aurait-il moins de films réussis dans le genre pornographique que dans le kung-fu qui bénéficie aujourd’hui de l’intérêt de certains cinéphiles branchés ?) avec des diffusions plus tardives des œuvres dans leur intégrité plutôt que de nous infliger ces ersatz expurgés qui ne sont dès lors que des appâts vulgaires sortis de l’esprit de  programmateurs sans imagination cherchant à racoler le chaland !

Certains se demanderont néanmoins si l’on perd vraiment beaucoup à ne visionner qu’une heure 15 d’Echanges de partenaires plutôt que les 1 heure 30 originelles.

Certes, le film est plutôt médiocre mais il n’empêche qu’il a été réalisé par l’un des pionniers du genre (Claude Mulot, qui signait ses films pornos Frédéric Lansac) dont certaines œuvres sont loin d’être inintéressantes (Shocking ou le mythique Sexe qui parle). On aimerait donc pouvoir juger les œuvres en les visionnant de la manière dont elles ont été conçues.

Il est vrai que l’exemple de ce soir n’est sans doute pas le plus percutant pour étayer ma démonstration dans la mesure où cette histoire de couples qui se déchirent par la faute d’une croqueuse d’hommes aguicheuse (Moanie Munier) ne présente vraiment pas beaucoup d’intérêt. Le scénario semble tiré d’un quelconque roman de la collection Harlequin et la mise en scène est presque aussi endormie que la conscience d’un promoteur immobilier.

Mais il faut bien avouer que les passages qui semblaient les plus intéressants sont totalement charcutés et ne permettent pas de juger l’œuvre. Je pense en particulier à ce moment où Moanie Munier s’offre du bon temps sur une moto ou encore à cette scène de sexe collectif où Karine Gambier (la croquignolette star platine du genre à l’époque) use de son (magnifique) corps à des fins que la morale réprouve avec de nombreux motards anonymes (scène qui évoque celle que tourna Bénazéraf dans French love, si je ne m’abuse, docteur).

Le reste est assez niais, parfois complaisant (la séquence d’ouverture que je n’ai absolument pas comprise et qui laisse d’emblée sur le film une trace déplaisante) et manque d’originalité.

Comme souvent dans le genre, les comédiens ne sont pas très bons et seule Karine Gambier, en permanence sur la réserve, tire son épingle du jeu. J’aimerais bien savoir ce que cette actrice est devenue après s’être retirée du hard.

Quelqu’un a-t-il une idée ? 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 18:40

The limits of control (2008) de Jim Jarmusch avec Isaach de Bankolé, Tilda Swinton, Bill Murray, John Hurt

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The limits of control fait partie de ces oeuvres qui déçoivent un peu lorsqu’on les découvre mais qui n’en finissent pas de trotter dans la tête et qui donnent envie d’y revenir.

Pour son dernier opus, Jarmusch tient la gageure de faire un film de près de deux heures sur du vide. Il n’est sans doute pas le premier à le faire et même les plus grands s’y sont collés (après tout, La mort aux trousses –tiens, un autre film qui débute dans un aéroport !- n’est-il pas juste un déploiement de mise en scène à partir de rien ?). Sauf qu’il pousse la radicalité jusqu’à refuser de donner la moindre information au spectateur avant le dernier quart d’heure. Contrairement au film d’Hitchcock, il n’y a pas de progression dramatique mais une sorte de surplace assez étonnant. Le héros taiseux du film (Isaach de Bankolé) traverse une Espagne devenue un plateau de jeu de l’Oie : chaque nouvelle rencontre représentant une case qui renvoie à une autre par un jeu d’indices dont on ignorera jusqu’au bout la signification (les petits bouts de papier cachés dans les boites d’allumettes sont avalés par Isaach de Bankolé une fois qu’il les a lus).

Jamais Jarmusch n’a été aussi proche de certains films de Rivette (le pont du nord, par exemple) : chaque étape du personnage permettant davantage à la mise en scène de se déployer en tant que telle plutôt que de faire progresser l’action.

Jarmusch tente d’ailleurs ici une synthèse de tout son cinéma : on retrouve à la fois le côté absurde et nonchalant de ses premières œuvres (les doubles expressos que commande le héros rappellent Coffee and cigarettes tandis que les rencontres insolites renvoient à Stranger than paradise et Down by law) et les apports de ses films plus récents (le trajet du personnage peut évoquer le voyage initiatique de Johnny Depp dans Dead man tandis que sa « profession » est une citation assez nette de Ghost dog : même façon de travailler « à l’ancienne » (« no mobiles »), même goût pour les arts martiaux et même quelques plans sur des pigeons…).

The limits of the control pourrait être vu comme un voyage à l’intérieur de son propre cinéma, ce que traduit parfaitement une mise en scène élégante (comme toujours !) qui épouse le point de vue d’un personnage toujours « spectateur » (là encore, comme dans Dead man). D’où ce jeu habile sur les surcadrages et cette volonté du cinéaste de montrer un homme toujours en train de regarder.

La limite du dispositif, qui est d’ailleurs celle du cinéma de Jarmusch lorsqu’il n’est pas au plus haut de sa forme, c’est celle de « l’exercice de style ». Force est de constater que le film patine un peu en son milieu et que ces saynètes absurdes, aussi joliment filmées soient-elles, s’avèrent parfois un peu répétitives ; le cinéaste se contentant souvent du minimum syndical : quelques objets jouant (des boites d’allumettes, un message avalé, des instruments de musique…) et une longue déambulation qui ne fait jamais progresser le récit.

Pourtant, lorsque arrive le dernier quart d’heure et que les choses s’éclaircissent (un peu !), le film devient beaucoup plus intéressant parce que le spectateur le reconstruit totalement. Sans dévoiler la seule « action » de The limit of control (qui n’est pas vraiment une « surprise » mais je me tairai quand même), on peut alors se laisser aller aux joies de l’interprétation.

Tout le jeu de pistes qu’effectue jusqu’alors Isaach de Bankolé ne semble avoir qu’un fil directeur perceptible : celui de l’Art. Il se rend au musée, décèle des indices dans des toiles de Juan Gris et Tapies (entre autres) et il sera également question de littérature (Rimbaud cités en ouverture,  Murger…), de musique (Schubert) et de cinéma (Welles et même un clin d’œil au complice Kaurismäki). L’Art devient un lien invisible qui permet au personnage (et par la même occasion, au cinéaste) de reconstruire un monde (à la frontière de l’onirisme, comme souvent chez Jarmusch : Cf. la sublime ouverture de Down by law) et d’offrir une alternative à opposer aux tenants du « réalisme » et de la modernité (d’où le dégoût de Bankolé pour les téléphones portables).

Opposition qu’on peut voir comme un manifeste à l’encontre des règles d’Hollywood (art de la dérive et de la pure contemplation contre scénarios en béton et efficacité narrative maximum) mais qui pourrait s’appliquer à tous les domaines de la vie.

D’une certaine manière, la « dérive » d’Isaach de Bankolé a quelque chose de « situationniste » puisqu’il s’agit au bout du compte de « réaliser l’Art » et de substituer au « principe de réalité » (Bill Murray représentant à lui seul toute l’horreur cravatée de ce monde retranché derrière sa technicité et son « efficacité ») un autre monde encore possible.

Que le personnage semble endosser un autre « rôle » à la fin du film ne fait que confirmer cette option « situationniste » d’une œuvre plus profonde qu’elle n’en a l’air.

Et si Jarmusch était le dernier des utopistes ?...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 19:21

Burgundia II (2007-2008) de Gérard Courant

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Plutôt que de faire de longues phrases pour définir ce que sont les « Carnets filmés » de Gérard Courant, contentons-nous de la présentation succincte qui ouvre chaque film de cette série :

 

« Commencés dans les années 70, les Carnets filmés de Gérard Courant sont des archives cinématographiques qui regroupent toutes sortes d’éléments épars : notes, croquis, esquisses, repérages, reportages, voire rushes ou films inachevés rassemblés, ici, pour former un ensemble proche de l’esprit d’un journal en littérature. »

 

Tourné avec un téléphone portable, Burgundia retrace un voyage en Bourgogne qu’effectua Courant à la fin de l’année 2007. Burgundia II est une autre version de ce carnet filmé puisque le cinéaste l’a, dans un premier temps, « compressé » pour en faire un film de trois minutes puis l’a « décompressé » pour revenir à sa durée initiale (1heure 2 minutes) ; opération qui a modifié le rythme de l’œuvre en donnant la sensation d’une décomposition du mouvement des images.

Lorsque Courant commence par filmer une rue d’Avallon (dans l’Yonne) de la même manière qu’il filmera Dijon dans Promenade dans les lieux de mon enfance dijonnaise (mêmes images en négatif), j’avoue avoir eu un peu peur d’un effet de saturation. Et pourtant, au bout de quelques minutes, j’étais totalement sous le charme de ces images semblant sortir d’un film de science-fiction (plutôt Alphaville que Lucas, nous sommes d’accord !) et envoûté par le rythme très particulier de l’œuvre et l’accompagnement musical d’Elisa Point. 

Si Courant avait été dessinateur, Burgundia II serait une sorte de carnet de croquis pris sur le vif, des dessins crayonnés le temps du voyage : après Avallon, nous voilà sur la route qui mène de Paris à Dijon. Le cinéaste retrouve ensuite la capitale des ducs de Bourgogne (qu’il ne filme pas, cette fois, en un unique plan-séquence), les bords du lac Kir et la campagne qui borde la ville.

Pour qualifier ses carnets filmés, Courant parle d’ « archives cinématographiques ». Là encore (au risque de me répéter), son geste renvoie aux origines du cinématographe et il y a chez lui une capacité d’émerveillement qui le pousse à tout filmer : des enseignes dans les rues dijonnaises (avec des associations facétieuses, notamment lorsqu’un Caractère d’homme succède à Women secrets), des branches d’arbres ployant sous la neige (certains courts passages ne sont pas en négatif), une route et la campagne française qui deviennent grâce au procédé du « négatif » des paysages lunaires assez fascinants ou ce qu’Alain Paucard définit comme « d’époustouflants tableaux pré-impressionnistes ».

Mais Courant ne se contente pas « d’enregistrer » les choses qui se présentent à ses yeux et c’est sans doute ça qui fascine le plus dans son cinéma. Ce que ces dispositifs pourraient avoir de « plats » (le sempiternel refrain du « tout le monde peut le faire ») sont transcendés par la manière dont il parvient à lester ses images de réminiscences intimes (d’où cette désignation de « journal »).

Lorsqu’il arrive à Dijon, le cinéaste nous apprend qu’il a autant haï cette ville qu’il l’a aimée (c’est un sentiment que doivent connaître beaucoup de dijonnais !). Avant de commencer à nous montrer les plans qu’il a tournés ici, il nous présente un extrait de The nutty professor de Jerry Lewis qui illustre parfaitement l’ambivalence des sentiments de Courant pour cette ville. Il s’agit d’un détail mais toute son œuvre est marquée par cette volonté d’inscrire de l’intime dans ce qui se présente comme un simple enregistrement du « Réel ».

On constatera, encore, dans Burgundia II, la quasi-absence d’êtres humains, comme si le monde s’était dépeuplé et que n’existaient plus que des villes de fantômes (c’est ainsi que sont titrés certains de ses carnets filmés dont je vous reparlerai à l’occasion). Il ne reste alors plus qu’un  monde rendu à sa beauté originelle et un cinéaste, accompagné par les accords mélancoliques d’Elisa Point, qui cherche à en fixer quelques traces pour l’éternité…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /2009 19:55

L’uomo che guarda (le voyeur) (1994) de Tinto Brass avec Katarina Vasilissa, Cristina Garavaglia

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Puisque nous sommes dans l’érotisme jusqu’au cou et en attendant d’autres éventuelles réponses au grand questionnaire qui circule, poursuivons notre chemin par la découverte d’une œuvre relevant de ce noble genre.

Sans être un grand Tinto Brass, L’uomo che guarda est une œuvre très représentative de la conception de l’érotisme cher à l’auteur de la clé et de Caligula. A priori, cet érotisme a tout pour me déplaire, Brass ayant souvent recours à des effets éculés (le permanent halo lumineux qui nimbe les corps comme dans les horreurs estampillées Adrian Lyne/ Zalman King) et ne cherche pas plus que dans n’importe quel porno bas de gamme à justifier la nymphomanie galopante de ses personnages féminins. La femme de chambre du père (la plantureuse Cristina Garavaglia) porte des shorts taille 7 ans, ne ferme jamais ses chemisiers et il suffit dans ce film de poser un regard insistant sur une fille pour qu’instantanément elle écarte les cuisses…

Malgré cela, je tiens toujours Tinto Brass pour l’un des grands maîtres de l’érotisme et l’un des cinéastes les plus tourneboulants lorsqu’il pose son objectif sur un corps féminin. Car si l’irréalisme le plus total est de mise dans ses films, c’est qu’ils relèvent tous du pur fantasme.

Tout comme Fermo posta Tinto Brass, L’uomo che guarda semble uniquement le fruit de l’imaginaire d’un voyeur, d’un homme qui n’aime rien tant que regarder. Le personnage principal du film est un professeur d’université qui tente de résoudre ses problèmes sentimentaux avec sa femme tout en s’adonnant à son exercice favori : le voyeurisme.

Cette thématique renvoie évidemment à la position du cinéaste (qui se mettra lui-même en scène dans Fermo posta Tinto Brass, son Intervista à lui) et à son désir unique : voir les femmes sous toutes leurs coutures. Ce que j’aime chez Brass, c’est qu’il n’aime pas les scènes de « sexe » et qu’il nous épargne le plus souvent ces figures obligatoires d’accouplements mal simulés (nous sommes dans l’univers du « soft », ne l’oublions pas). Ce qui l’intéresse (comme nous le comprenons !), ce sont les corps des femmes que sa caméra caresse amoureusement, en s’efforçant de n’oublier aucun des replis cachés de ces délicieuses anatomies. Il se dégage alors de ces séquences « érotiques » une sensualité qui ne doit pas uniquement à la splendeur des actrices choisies par le maestro (encore que les formes de la divine blonde Katarina Vasilissa « eussent converties à l’hétérosexualité feu  Jean Cocteau et feu André Gide » [Georges Le Gloupier]) mais également à une mise en scène qui parvient à donner forme à un univers totalement fantasmatique, peuplé de créatures célestes qui s’offrent à notre regard pour le plus grand contentement du cinéaste (et le notre !)

Ces dispositifs voyeuristes permettent également au cinéaste de laisser éclater son penchant pour un cinéma baroque où les fenêtres, vitres, miroirs et autres accessoires jouent un rôle primordial (tout comme les angles de prises de vue insolites). Lorsque le héros mate les jeux érotiques de son père avec la femme de ménage, Brass épouse sa vision déformée par le vitrage et donne une véritable intensité à la séquence.

Les thuriféraires du maître s’amuseront d’ailleurs a retrouver des similitudes avec certains passages de La clé et ne manqueront pas de souligner la dimension oedipienne du film puisque notre professeur est hanté par l’image de sa mère nue sous une chemise de nuit presque transparente et en rivalité constante avec un père qu’il soupçonne de coucher avec…sa propre femme.

Cette dimension psychanalytique censée expliquer le « voyeurisme » du personnage n’est pas la plus intéressante du film. Ce qui séduit davantage, c’est son érotisme débridé et cette manière qu’a le cinéaste de rendre cohérent et personnel un univers qui relève uniquement du fantasme, même si ce sont les plus éculés (la soubrette facile, l’étudiante aguicheuse, la plage de nudistes…).

Le résultat est à la fois tonique et revigorant…

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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