Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 18:36

Laurence est une internaute discrète et précieuse. Je crois l'avoir vu commenter parfois chez moi mais c'est surtout chez Ludovic qu'elle apporte sa voix singulière à des réflexions et des observations fines et pertinentes. C'est là que j'ai découvert qu'elle tenait un blog qui n'est plus alimenté depuis quelques mois. Puis je l'ai retrouvée sur Facebook où elle est également une présence discrète mais attentive. Un grand merci pour sa jolie contribution...


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La salle est rouge, petite mais les fauteuils sont serrés. Il faut contourner un gros pilier pour accéder au premier rang. C'est toujours là que je m'installe. J’aime cette impression de contenir par mon dos, le souffle des spectateurs. Cette semaine ce sera les "Amants crucifiés"…Les toilettes sont à gauche, les hommes y font souvent la queue sous l'œil rêveur de Marilyn vue par Andy. De chaque côté, deux appliques de laiton contourné projettent une ombre à la Murnau. Une estrade de bois surplombe l'ombre chinoise des spectateurs et là en vedette la toile blanche de l'écran. C'est là que j'ai pensé à vous : dix ans de blog, dix ans dans ces salles qui ont chacune écrit la vie du cinéma, dix ans de compte-rendu passionnés ou délétères… toutes ces heures passées là…à aimer…

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Dimanche 31 août 2014 7 31 /08 /Août /2014 18:27

Alexandre est très fort : nous ne nous connaissons pas mais il est parvenu à décrire avec un véritable discernement ce à quoi peut ressembler le quotidien d'un cinéphile dijonnais, y compris l'obligation de se rendre dans un hideux multiplexe non pas pour faire plaisir à un cousin mais à une amie (dans mon cas, il s'agissait de l'horrible Da Vinci codede Ron Howard). Une seule petite erreur : je ne me mets jamais au fond de la salle mais aux places stratégiques des cinquièmes ou sixièmes rangs.

Plus sérieusement, c'est une fois de plus grâce au blog d’Édouard (décidément!) que j'ai découvert Alexandre et surtout sur Twitter où nous avons commencé à nous disput... à échanger. Après avoir tenu pendant quelques années son propre blog Plan C., il écrit désormais pour des sites divers et variés : Playlist Society, Accreds, Filmosphère.

Alors effectivement, nous ne sommes pas toujours d'accord mais je serais bien évidemment heureux de partager cette bière qu'il propose en fin de contribution pour nous écharper sur Spielberg ou David Lean et je le remercie chaleureusement pour cette évocation très réussie. 


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Le Doc et moi, on ne se connaît pas en vrai. Je ne sais pas s'il porte des cravates, des chapeaux, s'il chausse du 43 ou s'il aime les betteraves en entrée. Heureusement, on se lit car on aime se chamailler sur les films. Mais en plus de la cinéphilie, nous sommes reliés par autre chose : Dijon. Si on ne s'est jamais croisé, c'est la faute à un déménagement « à la capitale » pour moi. Ne riez pas, Dijon, c'est la place des émois cinéphiles de jeunesse, l'une de ces rares villes ne faisant pas partie des très grandes agglomérations où la cinéphilie peut s'émanciper. Alors peut-être qu'on se connaît le Doc et moi. Sûrement même avons-nous déjà partagé la même séance, sans le savoir, un soir de novembre, où la brume s'étendait sur la ville. A l'Eldorado (l'antre, le refuge, que dis-je, le lit douillet pour tous ceux qui veulent profiter des raretés qui sortent), Tropical Maladydévoilait ses charmes. Le Doc y a pesté contre l'affreuse salle 2. Plus qu'une salle, c'était une sorte de couloir avec au bout un écran, et un son qui grésille. Il paraît que le cinéma a été refait, c'est le Doc qui me l'a dit. Il me soutient aussi que les profs à la retraite parfumés à la mauvaise eau de Cologne viennent toujours maugréer contre les couleurs criardes du dernier Wes Anderson ou s'émerveiller devant le moindre rôle de Catherine Deneuve. Fais gaffe, c'est ce qui t'attend Doc ! A l'Eldo, lui et moi, on a chopé des maux de dos à cause de la salle 3, mais on a béni les propriétaires de ne pas avoir mis de distributeurs de friandises et surtout de nous épargner la publicité avant (presque) chaque séance. Chacun de notre côté, nos yeux se sont émerveillés devant les grands d'aujourd'hui. Alors, quand le Doc écrit une note sur le blog, je l'imagine (en ombre, puisque je ne sais pas à quoi il ressemble) assis au fond d'une salle de l'Eldo. Avant la séance, d'un coin de l’œil, il surveille un éventuel voisin inconvenant, de l'autre, il s'occupe à tweeter sur le prochain festival de Cannes. Parfois, le Doc va certainement jusqu'à la place Darcy. A côté, un autre petit cocon : le Devosge. « Quoi, tu n'as pas été à la rétro Eisenstein ! » pesterait-il contre moi. « Fonces-y, ils passent l'intégrale toute cette semaine ». A tous les coups, le Doc a rattrapé des pépites en fin de vie à l'ABC, cinéma aujourd'hui disparu, qui était un peu notre UGC Orient-Express à nous. Peut-être même le Doc s'est-il égaré un soir d'été dans la banlieue Nord de Dijon, dans l'affreux multiplexe Cap-Vert, à subir un mauvais blockbuster en VF pour faire plaisir à un neveu ou cousin. Ce qui est sûr, pour le Doc, comme pour moi, c'est que la découverte d'une purge ou d'un chef-d’œuvre s'accompagne du charme d'une soirée dans la capitale des Ducs. S'engueuler avec quelqu'un sur le nouveau Paul Thomas Anderson est tout de suite plus charmant quand ça se fait avec un kir (un vrai : crème de cassis et aligoté, pas vos trucs à la pêche ou à la mure). Alors un jour, avec le Doc, on sortira d'une quelconque séance, et autour d'une bière place du Bareuzai, on refera le monde ensemble. Il achèvera de me convaincre que je dois voir tout Bergman, je lui prouverai que Spielberg a fait de beaux films. N'est-ce pas une riche idée Doc ? "

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Dimanche 31 août 2014 7 31 /08 /Août /2014 14:45

Sils Maria (2014) d'Olivier Assayas avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz

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A la mort de l'écrivain, dramaturge et cinéaste qui l'a lancée, Maria (Juliette Binoche) décide d'accepter de reprendre la pièce qui fit d'elle une vedette vingt ans plus tôt. Mais cette fois, dans ce psychodrame mettant en scène la passion tragique entre une femme mûre et une jeune femme, elle incarnera le personnage vieillissant à qui elle vola la vedette, en jeune première, autrefois.

Si on ajoute à cette trame l'arrivée d'une starlette cartonnant dans de gros blockbusters hollywoodiens et dont les frasques font la joie des tabloïds, on songe alors au tout récent Maps to the stars où Cronenberg plongeait également au cœur d'un milieu cinématographique impitoyable pour les actrices qui vieillissent et qui interrogeait, avec beaucoup plus de force à mon sens, la question du personnage et de son incarnation.

Mais le propos d'Assayas ne se situe pas vraiment à ce niveau et il opte plutôt pour une approche « psychologisante » portant la griffe d'un certain cinéma d'auteur délicat et volontiers elliptique. Ce qui l'intéresse, c'est de construire un jeu de miroirs et de mise en abyme autour de la question de l'acteur. Car si l'enjeu semble être la manière dont Maria appréhende ce rôle de femme vieillissante et délaissée cruellement, il est également déporté vers la relation qui se tisse entre la comédienne et son assistante. Que cette assistante soit jouée par Kristen Stewart, star de la saga Twilight, n'est pas un hasard puisque se rejoue en mode « apaisé » la relation qui unit les deux femmes de la pièce.

 

Depuis longtemps, Assayas tente de donner à son cinéma un caractère composite en l'irriguant de diverses influences. Dans Irma Vep, il tentait de dépasser le cadre étriqué du cinéma français en convoquant les fantômes de Feuillade et de Musidora, en rendant hommage au cinéma asiatique (hommage qu'il tentera à nouveau mais de manière beaucoup moins convaincante dans Clean) et même au cinéma expérimental (la dernière scène d'Irma Vep est sans doute ce qu'il a tourné de plus beau). Le cinéaste cherche aussi à prendre le pouls du monde tel qu'il va, pour le meilleur (Demonlover) ou pour le pire (Boarding gate) et l'on retrouve cette manière un peu scolaire de dire la « mondialisation » et le choc des nouvelles technologies dans la première séquence de Sils Maria avec tous les signes extérieurs de « modernité » que le spectateur peut imaginer : tablettes, téléphones portables, Internet. Et une caméra qui tangue pour symboliser ce mouvement ! Heureusement, le film sera plus intéressant par la suite car le jeu de construction auquel se livre Assayas est assez habile et plutôt élégant (fluidité des mouvements de caméra, quelques beaux plans d'ensemble dans la montagne suisse...).

 

Dans Sils Maria, le cinéaste tente de confronter une certaine idée du cinéma d'auteur à la française (celui que représente Binoche depuis 30 ans) à l'évolution impitoyable du monde. Le personnage de la starlette incarnée par l'excellente Chloë Grace Moretz est presque le plus intéressant car il représente un monde qui échappe désormais à Assayas, cinéaste qui aurait aimé figer à tout jamais sa propre jeunesse (voir le poussiéreux et médiocre Après mai). Si le pastiche de blockbuster qu'il nous offre est plutôt mauvais, la discussion qui suit entre Maria et Val, son assistante, est intéressante. En effet, elle interroge le regard du cinéaste sur l'évolution du cinéma et même si on sent qu'il penche plutôt du côté de Binoche lorsqu'elle éclate de rire devant l'interprétation qu'offre une Kristen Stewart soudain reconvertie en critique des Inrocks de cette grosse machinerie inepte ; elle pousse à réfléchir à ce que ce cinéma industriel peut désormais nous dire du monde dans lequel on vit.

L'une des forces du film, c'est aussi de traiter ce jeu de femmes en miroir de « biais » : la vraie starlette, à savoir l'assistante, est ici une jeune fille assez terne avec ses vieux jeans pourris et ses lunettes de hipster. Mais c'est elle qui incarne le mieux cette jeunesse qui échappe peu à peu à Maria. La confrontation des deux actrices fonctionnent plutôt bien et il n'y a rien à redire quant à leurs compositions respectives (même si je trouve que Binoche surjoue un tantinet dans certaines séquences).

 

Sils Maria me semble être un des meilleurs films d'Assayas depuis très longtemps. Cependant, je dois aussi admettre qu'il ne m'a pas entièrement convaincu. Peut-être parce qu'il représente, malgré tout, une certaine tendance de ce cinéma d'auteur un poil trop conscient de ses effets et qui préfère apposer une certaine « griffe » plutôt que de prendre de véritables risques. Pour être plus précis, disons que toute la partie relative à la préparation du rôle que va endosser Maria est traité d'une manière psychologique un peu lourde. Les discussions entre la comédienne et son assistante n'ont pour seule fonction que de souligner ce que l'on avait très bien compris : le temps qui passe et le caractère impitoyable du vieillissement pour la comédienne, la fascination pour un personnage joué vingt ans plus tôt et qui possède toutes les caractéristiques de la jeunesse : l'insolence, la liberté, la cruauté...

Parallèlement, je trouve qu'Assayas ne met pas assez d'intensité dans cette relation qui se noue entre Maria et Valentine alors que c'est peut-être là qu'il aurait fallu insister, mettre un peu plus de chair et de sentiments.

Assayas est un grand fan de Bergman mais il lui manque la cruauté et l'intensité des films du maître. Mais dans le cadre un peu étriqué et de plus en plus étouffant du « cinéma d'auteur français », il ne s'en tire pas trop mal et Sils Maria me réconcilie un tout petit peu avec l'auteur de ces deux merveilles que sont L'eau froide et Irma Vep.

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Samedi 30 août 2014 6 30 /08 /Août /2014 18:55

J’ai retrouvé il y a peu une très gentille lettre d’un rédacteur (en chef ?) de Première suite à une critique de Regarde les hommes tomber que je leur avais envoyée à l’époque. Mon papier était, bien entendu, refusé mais mon correspondant avait pris soin de souligner ses qualités et ses défauts (en gros, il me disait de trouver un style plus personnel et de m’éloigner de mes « modèles »), ce qui changeait du silence qui accueillait généralement les critiques que j’envoyais aux revues. Si je raconte cette anecdote, c’est qu’elle illustre assez bien mon rapport à Première, revue dont je me sens à la fois très éloigné (je n’ai été abonné que six mois et c’était parce que j’avais gagné cet abonnement !) mais avec laquelle les contacts (rares) furent toujours bons. C’est ainsi que j’ai rencontré Christophe Narbonne, journaliste pour ce magazine, sur Twitter et que j’ai d’emblée apprécié son humour, son sens de l’accueil et du dialogue, sa gentillesse. Nous ne nous sommes pas souvent d’accord et j’aurai sans doute du mal à le convaincre de la beauté de Maps to the stars, d’Adieu au langage ou d’Under the skin. Mais en dépit de ces différences, j’aime beaucoup débattre avec lui, disserter sur les mérites comparés d’Alain et de Manu Payet (il est évident que le premier est bien plus sympathique !) et évoquer les films des années 80. Un grand merci à lui pour sa participation à ce livre d’or.

  Maps-to-the-STars.jpg

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Je n’ai jamais vu en vrai Vinz J. Orlof, aka Doc Orlof. Peut-être est-il horrible, je ne pourrais pas vous le dire. Je ne connais même pas sa vraie identité –je suppute qu’il se prénomme Vincent. Cet homme (cet avatar ? ce rejeté de la matrice ?) existe-t-il vraiment ? Mystère. Toujours est-il que j’ai entamé avec cette « chose » un dialogue passionnant au cours des derniers mois, aussi bien sur Fessebouc que sur Tuitteur, ces réseaux sociaux tant décriés et pourtant si utiles lorsqu’ils permettent de faire des rencontres (enfin, pas des vraies, vous avez compris) de qualité. Bref. Trêve de flatteries. Orlof aime Jess Franco, les nudies, les films d’exploitation et, allez comprendre, la Nouvelle Vague. Je ne partage pas forcément ses goûts qu’il ne cherche pas à vous imposer mais qu’il défend avec la passion et l’érudition d’un homme de goût. Orlof est un passeur de cinéphilie, un vrai, un de ces talents qui hantent discrètement la toile. Frayez-vous un chemin vers lui, vous verrez, vous ne le regretterez pas.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 18:20

La passionnante contribution de Damien va nous permettre de nous replonger dans la blogosphère d’il y a une dizaine d’années. C’est peu dire que ce témoignage m’évoque de nombreux souvenirs même si l’aimable intervenant évoque un « cercle » que je ne fréquentais que de loin. Car comme sur les réseaux sociaux aujourd’hui, tout est question de groupes et d’affinités. Les blogs cités m’intéressaient tous mais je me sentais éloigné d’eux, à l’exception notable de Ludovic qui fut toujours très accueillant et volontiers prêt à échanger. Je me souviens néanmoins avoir sollicité quelques-uns de ces « blogueurs influents » pour mon grand questionnaire sur les films les plus érotiques de l’histoire du cinéma et c’est avec un certain plaisir que je les suis aujourd’hui sur Facebook où je les ai retrouvés (Pascal Z., Guillaume O., Sandrine M., Jean-Sébastien C, Sébastien B…)

Quant à Damien, il a tenu pendant un certain temps un blog que je trouvais passionnant mais qui a malheureusement disparu aujourd’hui. Et c’est toujours un grand plaisir de  pouvoir discuter avec lui, que ce soit chez moi ou Ludovic. Je le remercie donc chaleureusement pour ce petit voyage dans le temps qui devrait rappeler des souvenirs à plus d’un…

 

***

 

Cher docteur Orlof,

 

   C’est avec plaisir que j’ajoute sinon ma pierre, du moins quelques grains de sable à l’édifice en forme de pièce montée patchwork pour cet anniversaire bloguien. Parcourant vos archives afin de me rafraîchir la mémoire, je constate finalement que, depuis le temps, j’ai laissé assez peu de commentaires chez vous. Nous avons plus souvent dialogué chez d’autres, Ludovic Maubreuil surtout. Mais c’est que 1) je suis assez souvent d’accord avec vous et 2) j’ai d’énormes lacunes. Disons-le, des pans entiers de cinématographie me sont à peu près inconnus : cinéma bis, séries Z, giallo, films de zombies, blaxploitation, bruceploitation et autres n-ploitations, niches diverses et clapiers, sub-genres et parallèles, chambara, pinku eiga et autres catégories japonaises, que sais-je ? C’est souvent un régal de lire ces comptes-rendus de films insoupçonnables que je ne verrai peut-être jamais.

   A vrai dire, je ne me souviens plus comment j’ai découvert votre blog : peut-être un lien depuis celui de Boulet, à moins que ce ne soit l’inverse ? Peu importe. Il me semble que je ne vous lis peut-être pas depuis le tout début, mais pas très loin : je dirais à vue de nez printemps 2005. Je voudrais, pour les arrivants plus tardifs et les archéologues futurs, apporter mon témoignage et esquisser le contexte blogistique de ce temps.  J’étais alors entré dans la blogosphère grâce à la bande dite kaywa : J(…)-S(…), Moland Fengkov, Sandrine de Contrechamp, Sébastien Bénédict, un quarteron de cinéphiles qui avaient la faculté de penser les images avec les images. Tout près d’eux s’ébattaient de singulières personnalités blogoresques. Pascal Z agençait dans ses ruines circulaires, tel un Borgès 2.0, une nouvelle médiathèque de Babel. Nicolas Versac élaborait une imparable stratégie de conquête médiatico-politique au succès impressionnant, qui le conduira – entre autres exploits – à dialoguer avec Valéry Giscard d’Estaing en personne. Guillaume Slothorp affûtait ses flèches stylisées, polémiques et sarcastiques. Thomas Anaximandrake délivrait de fulgurants oracles sous forme d’aphorismes et de notules philosophiques. Skoteinos croquait, à la pointe sèche, la bêtise contemporaine dans un grand ricanement iconoclaste. Tout cela formait une sorte de club qui m’accueillit aimablement. On parlait beaucoup de cinéma, mais pas seulement. Les débats étaient vifs, parfois âpres, mais toujours courtois. Nous n’étions pas dupes : tout cela n’avait pas la moindre importance. Un certain Serge Danette venait de temps en temps nous rappeler à une salutaire dérision. Certains soirs à partir de minuit, on se délectait des quiz interdits de Contrechamp.  A côté, mais pas très loin, Zohiloff tenait, seul contre tous, son journal intime, une logorrhée malveillante suintant la bave et le ressentiment, d’où émergeait parfois une trouvaille saisissante. Il y avait aussi le mystérieux Scanner qui, dans un franglais ingénieusement bricolé, montrait un savoir proprement encyclopédique du cinéma à chaque intervention. Et déjà l’insubmersible Ludovic arborait son pavillon Cinématique de cinéphile dissident, exigeant et passionnant.  

   Voilà (de mon point de vue) la toile de fond blogographique où vous apparûtes, mon cher docteur. Il s’avéra assez vite que vous n’étiez pas un simple dilettante qui se contente, comme tant d’autres, de raconter et d’évaluer les films au fur et à mesure qu’il les visionne, mais un défricheur, un passionné, un qui voudrait pouvoir voir tous les films, un qui arpenterait le cinéma par toutes ses faces mais aussi ses sentiers escarpés et ses chemins de traverse sans négliger les passages secrets, souterrains engloutis et galeries troglodytes.  Le cinéma nous surprend toujours, voilà ce que vous nous redémontrez constamment. Ainsi votre cinéma(ra)t(h)on,  dont l’exploration systématique a pris les dimensions d’une épopée aussi folle et sidérante que l’entreprise de Gérard Courant elle-même. Votre curiosité insatiable est communicative. J’admire aussi beaucoup votre capacité d’échange. Les multiples témoignages qui arrivent pour célébrer ces dix ans de blog attestent la solidité de votre réseau cinéphilique, consolidé par les nombreuses aventures collectives de critique cinéma. Elles révèlent aussi la profonde sympathie que vous inspirez. Je vous collerais bien le slogan que Marcel Dalio avait inscrit sur sa carte de visite : « Redemandé partout, libre de suite ».

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Je vous souhaite un bon anniversaire, et une nouvelle décennie blogocinéphilique encore plus riche en films et en rencontres.

Par Dr Orlof - Publié dans : 10 ans
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