Lundi 29 septembre 2014 1 29 /09 /Sep /2014 19:39

P'tit Quinquin (2014) de Bruno Dumont avec Bernard Pruvost, Philippe Jore, Alane Delhaye

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Difficile d'évoquer la mini-série de Bruno Dumont après le flot de réactions auquel elle a donné lieu. Entre les critiques dithyrambiques qui y voient une sorte d'accomplissement pour l'auteur de La vie de Jésus et ceux qui lui sont tombés dessus à bras raccourcis en l'accablant des griefs habituels (arrogance, mépris pour ses personnages, etc.) ; le cinéaste est parvenu à créer l'événement de cette rentrée.

Quoi qu'il en soit, P'tit Quinquin apparaît d'ores et déjà comme une pièce maîtresse de l’œuvre de Dumont : à la fois le prolongement logique de ses films et, en même temps, la preuve que le cinéaste cherche à évoluer, à s'éloigner de l'aspect parfois un peu sévère et monumental de certaines de ses œuvres (la guerre comme allégorie dans Flandres, le terrorisme et le mysticisme dans le beau Hadewijch, l'art et la folie dans Camille Claudel 1915).

 

A bien y regarder, la série avance pourtant sur les chemins que Dumont a déjà beaucoup empruntés : le Nord et ses paysages sinistrés, des meurtres qui perturbent et mettent à nu l'équilibre fragile d'une petite communauté comme dans L'humanité, la misère sociale comme dans La vie de Jésus, un réalisme sans arrêt hanté par le surnaturel et la présence du démon comme dans Hors Satan. Et, avant tout, cet art de la mise en scène qui fait de Dumont l'un des cinéastes français les plus importants avec ses plans d'ensemble qui évoquent la grande peinture flamande (par l'intermédiaire de son anti-héros, le cinéaste raille d'ailleurs un peu cette dimension picturale), ses raccords secs comme des coups de trique, sa manière d'inscrire des corps et des personnages dans un environnement qui existe d'emblée...

 

Ce qui change ici, c'est que le format de la « série » (même si on peu penser qu'il s'agit d'abord d'un film de 3h20 découpé en quatre épisodes) permet au cinéaste de s'attacher davantage aux personnages, de laisser cours à un certain art de la digression et de faire preuve, d'une manière plus générale, d'une certaine tendresse assez inédite chez lui. Alors que la trame du récit est très noire (des meurtres, la misère sociale, le racisme, la violence...), P'tit Quinquin frappe par une étonnante douceur, une manière de faire luire de manière régulière quelques rayons lumineux dans un univers sinistre. C'est aussi une comédie, genre auquel on n'associe pas souvent Dumont.

Si certains passages sont assez désopilants (la longue scène d'enterrement au cours de l'épisode 1) et si certaines répliques déclenchent le rire («- La mer, ça me fait réfléchir, - Ben, c'est de l'eau, quoi ! »), il convient néanmoins de souligner qu'on ne nage pas non plus dans la grosse gaudriole et qu'il est sans doute exagéré d'écrire qu'il s'agit de la comédie la plus drôle vue depuis longtemps. Mais il est parfaitement juste de constater que Dumont ose cette fois rire avec ses personnages (il ne rit jamais d'eux, la nuance est importante) et qu'il confie l'enquête du film à un commandant totalement farfelu, bourré de tics, sorte d'inspecteur Clouseau ch'ti totalement dépassé par les événements (sa phrase fétiche est, à ce titre, assez parlante :« c'est quoi c'bordel ? »).

 

Il faut néanmoins dissiper un malentendu : certains ont reproché à Dumont de se livrer à un jeu de massacre en se contentant de colporter comme un vulgaire ministre socialiste les clichés attendus sur des « ch'tis » consanguins, incultes, racistes, à la limite du handicap mental et en se moquant de leur accent. Pour le coup, c'est entièrement faux. D'une part, parce que la spécificité géographique me semble secondaire : certes, ce sont des habitants du Boulonnais mais pour avoir passé une partie de mon enfance dans la campagne bourguignonne, je peux affirmer que le regard du cinéaste est totalement universel. D'autre part, il n'y a aucun mépris chez Dumont : ses personnages sont de véritables comédiens (d'ailleurs, la plupart se « mettent en scène » : l'apprentie chanteuse, les majorettes, les musiciens...) et ils s'amusent autant que le spectateur à composer des rôles farfelus.

En prenant la chose par l'autre bout de la lorgnette, on peut également se poser la question suivante : qui, en dehors de Dumont, offre à ces individus, à ces corps singuliers à mille lieues de tout formatage médiatique, à ces accents une place sur un écran ?

Il ne s'agit pas non plus de tomber dans le misérabilisme et la niaiserie bien-pensante qui voudrait que les pauvres soient bons par essence. Pas d'angélisme chez le cinéaste mais une manière incroyablement fine de montrer l'être humain dans ce qu'il a de plus bestial mais également de plus beau (les deux ne pouvant pas être dissociables). Quand les deux enfants (Eve et P'tit Quinquin) se prennent mutuellement dans les bras, il y a une véritable grâce qui traverse le film, une lumière qui rend beaux les personnages filmés (certains gros plans sur le lieutenant Carpentier, assistant de Van der Weyden, -personnage extraordinaire- sont également d'une rare beauté).

 

P'tit Quinquin a parfois été qualifié de Twin Peaks à la française mais la comparaison me semble un peu contestable en ce sens que Dumont ne cherche pas l'insolite qui se cache derrière la surface neutre des apparences (comme chez Lynch) mais qu'il parvient à faire surgir le surnaturel et le bizarre d'un réalisme cru. Certes, on retrouve des morceaux de corps humains dans une vache mais l'étrangeté est ailleurs, dans cette présence du Diable qui semble rôder à chaque coin de rue. On retrouve dans la série ce qui hante l’œuvre de Dumont depuis ses débuts : la présence du Mal absolu. Le deuxième épisode s'intitule de manière très parlante Au cœur du mal. Or l'intelligence du cinéaste est de déporter cette notion de « Mal » que l'on pourrait logiquement apercevoir dans cette succession de meurtres sanglants vers les recoins les plus sombres de l'âme humaine. Dans cet épisode deux, il y a la fois ces moments où la bande d'enfants du cru s'en prend violemment à deux autres enfants d'origine étrangère (un arabe et un noir) et cette séquence très belle des auto-tamponneuses où la petite bande s'acharne sur un pauvre simplet. Passage qui évoque immédiatement une scène similaire de Mouchette de Bresson.

Le Mal est dans le cœur même de l'individu et Dumont le débusque même chez des enfants (souvent présentés de manière naïve comme « innocents ») racistes, moutonniers et violents. Là encore, il ne s'agit pas de les stigmatiser où d'en tirer des thèses sociologiques (ils ne font sûrement que reproduire des comportements inculqués par leurs parents) mais d'approcher quelque chose qui pourrait s'appliquer de manière universelle à l'âme humaine.

Ce n'est pas la psychologie ou la sociologie qui intéresse le cinéaste mais de mettre à nu certains mécanismes humains : l'esprit de meute, les réflexes d'exclusions quand la communauté est mise en péril, le fanatisme (religieux ou pas)...

On lui a d'ailleurs reproché cette vision très noire de l'humanité (notamment à propos de son film éponyme), son arrogance de metteur en scène démiurge filmant pour juger ses personnages... Or il est évident que le regard de Dumont reste toujours « humain » et qu'il va chercher dans la pire des noirceurs des éclats de ce qu'on nommera vulgairement « la grâce ». C'est ce moment d'une beauté inouïe où la grande sœur d'Eve, après avoir appris la mort de Mohamed (épisode 4), se retrouve dans un enclos parmi des cochons et que retentit la musique de Bach. Tout Dumont est dans cette scène : la bestialité, la pesanteur terrestre, la noirceur mais également la grâce et une certaine spiritualité.

Je ne dirai rien de la fin de la série mais il y a dans la scène une lumière qui jaillit des visages filmés d'une beauté assez époustouflante.

 

En jouant la carte de la comédie, du burlesque (les grands-parents de p'tit Quinquin qui mettent le couvert, c'est assez hilarant) et du farfelu, Dumont ne désamorce en rien les enjeux de son cinéma. Au contraire, il les rend encore plus intenses parce qu'il les traite de manière plus « humaine » (on en trouvait cependant des traces dans certains passages sublimes de Flandres et de Hors Satan).

 

Ces laissés-pour-compte, ces « gens de peu », ils finissent par nous ressembler et je suis prêt à parier que nous ne sommes pas prêts d'oublier leurs visages...

Par Dr Orlof - Publié dans : Séries TV
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Mercredi 24 septembre 2014 3 24 /09 /Sep /2014 19:24

Mange tes morts (2014) de Jean-Charles Hue avec Jason François, Michaël Dauber, Frédéric Dorkel

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Je n’ai pas vu La BM du seigneur, le précédent long-métrage de Jean-Charles Hue, mais visiblement Mange tes morts – sans être à proprement parler une suite- lui permet de retrouver les personnages qu'il avait filmés quelques années auparavant.

 

Nous voilà donc propulsé dans un no man’s land dans la périphérie de Beauvais parmi une communauté yéniche, peuple nomade venu du centre de l’Europe. Fred sort de 15 ans de prison pour avoir tué un policier et il retrouve ses deux frères Michaël et le jeune Jason. En compagnie de Moïse, ces quatre lascars partent en virée pour voler un camion de cuivre…

 

Avec un sujet pareil, on pouvait craindre de voir Jean-Charles Hue se heurter aux deux écueils propres à un certain cinéma français. Le premier était celui de la complaisance folklorique avec le côté édifiant que cela peut supposer (nous sommes tous frères et nous allons nous réconcilier autour d’un morceau de guitare manouche). Or Hue évite scrupuleusement tout le folklore que peut charrier le monde gitan : pas de morceaux musicaux ici si ce n’est une horrible variété de karaoké et les personnages qu’il filme sont complexes et pas forcément sympathiques.

Le deuxième écueil était celui du misérabilisme et du naturalisme « à la française ». Rien de bien émoustillant à l’idée de passer une heure et demie dans l’Oise en compagnie de gitans brutaux et sans autre ambition que de faire des courses de bagnoles ou voler un peu de cuivre. Mais là encore, le cinéaste tire son récit vers d’autres horizons. Ca a déjà été beaucoup dit mais Mange tes morts lorgne plutôt du côté du western et du film noir que de la chronique étriquée.

Il est question ici de territoire à conquérir et d’un changement d’époque comme dans certains grands westerns. Lorsque Fred revient au camp, il n’est pas le bienvenu : la communauté a tendance à se sédentariser et à voir d’un mauvais œil ceux qui ne vivent pas d’un travail honnête. De son côté, l’ex-prisonnier reste un chien fou épris d’aventures et de petites combines louches.


Jean-Charles Hue filme très bien ce territoire et ce qui menace son équilibre (l’arrivée tonitruante dans le camp de Fred à bord d’une petite voiture lancée à toute allure). Par son sens du découpage, il nous fait ressentir tous les enjeux de ce retour du fils prodigue au bercail (les rivalités entre frères, l’absence du père, la valse-hésitation entre une certaine « morale » - un baptême se prépare- et un désir de liberté…)

On retrouvera cette dimension « western » dans la suite du récit même si on songe plutôt à un mélange improbable entre le film d’adolescents à la Fureur de vivre (la très belle séquence de la course en voitures) et au road-movie qui tourne mal avec gangsters en fuite (Les amants de la nuit de Ray, toujours !).

Tout cela pourrait en rester au stade des intentions s’il n’y avait chez Hue un vrai sens du cinéma. Je parlais plus haut de la précision de son découpage mais il faut également évoquer l’attention portée à la lumière qui offre aux spectateurs quelques plans d’une beauté stupéfiante.

De ces décors désolés de friches industrielles, de gares de triage, de boites glauques perdues au bord d’une anonyme départementale ; le cinéaste tire une vraie poésie urbaine. On songe parfois, et ce n’est pas un maigre compliment, à Element of crime de Lars Von Trier et ses lumières orangées.

A cela s’ajoute un vrai sens du rythme, de l’action, de la vitesse qui fait de Mange tes morts une indéniable réussite. Pourtant, en dépit de toutes ces qualités, je dois avouer que je n’ai pas totalement adhéré au projet. Je me retrouve devant un cas assez rare de l’œuvre dont je perçois bien toutes les vertus objectives mais qui, au bout du compte, ne me touche pas vraiment.

Je ne sais pas si c’est un choix délibéré de la part d’Hue (ni enjoliver, ni apitoyer) mais j’avoue que ses personnages ne suscitent, pour moi, ni sympathie, ni empathie. Sans doute est-ce un tort mais cet univers, ce langage, ces rites me laissent parfaitement indifférent.

Serge Daney disait que la grandeur du cinéma était justement de nous montrer des univers auxquels rien ne nous prédispose (il parlait des adolescentes à propos de 36 fillette de Breillat). L’occasion était donc belle de s’intéresser à cette communauté yéniche (je ne connaissais même pas ce terme) mais je n’arrive pas à déterminer ce qui manque, justement, pour m’intéresser à cette « bande de garçons ».

Peut-être des filles, justement, car Mange tes morts est un film beaucoup trop « masculin » pour véritablement m’accrocher, moi l’indécrottable truffaldien persuadé que le cinéma sert avant tout à « faire faire de jolies choses à de jolies femmes »…

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 12:56

Bugsy Malone (1976) d'Alan Parker avec Jodie Foster. (Editions Elephant film) Sortie le 7 octobre 2014

 

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C'est la première fois que j'évoque le nom d'Alan Parker sur ce blog, sans doute aussi parce que cela faisait une éternité que je n'avais pas vu un de ses films. A vrai dire, il m'est très difficile de parler de ce cinéaste dans la mesure où il fut sans doute l'un de ceux que j'ai le plus adulés à l'adolescence.

Pink Floyd, the wall était mon film préféré quand j'avais quinze ans et, dans la foulée, j'avais regardé et adoré des films comme Midnight express, Birdy et Angel Heart.

Le problème, c'est qu'Alan Parker fait partie de cette bande de cinéastes venus de la pub que je n'aime pas beaucoup, que ça soit Tony et Ridley Scott ou Adrian Lyne. J'imagine donc que ses œuvres sont restées très marquées par l'esthétique publicitaire des années 80 et que la plupart doivent être difficilement regardables aujourd'hui (sur Twitter, les avis étaient partagés).

 

Je n'avais jamais vu Bugsy Malone, premier long-métrage du cinéaste. Sur le papier, le film repose entièrement sur son concept publicitaire : faire un film de gangsters entièrement joué par des enfants. Par ailleurs, ce film noir sera également une comédie musicale. Curieusement, cette idée tordue passe plutôt bien à l'écran et le film se révèle assez agréable à regarder. Alan Parker joue assez malicieusement avec les stéréotypes du genre (enfants engoncés dans des costumes, chefs de gang atrabilaires et cruels, femmes fatales...), à tel point qu'on finit parfois par oublier le jeune âge des interprètes.

Bien sûr, le cinéaste reste constamment « politiquement correct » (pourtant, nous étions dans les années 70, la décennie de toutes les audaces) et contourne habilement ce qui pourrait poser problème.

Ainsi, les petits gangsters utilisent volontiers des armes à feu mais celles-ci ne propulsent que de la crème pâtissière, permettant un finale qui évoque La bataille du siècle avec Laurel et Hardy. Cependant, il convient de souligner le fait que l'humour du film est un peu poussif et que ce n'est pas l'aspect le plus intéressant de Bugsy Malone. On préférera cette manière qu'a Parker d'utiliser le stéréotype pour le mettre à nu. Son film évoque à la fois les classiques du film de gangsters (de Scarface de Hawks au Parrain de Coppola) tout en annonçant les grands films de mafieux signés Scorsese ou des frères Coen (une scène dans la forêt m'a fait irrésistiblement penser à Miller's crossing). Le fait que ça soit des enfants qui incarnent ces situations convenues permet de ridiculiser les adultes qui s'y adonnent en temps normal. Tout ce qui relève des rivalités entre groupes, des codes de l'honneur, du banditisme organisé apparaît soudainement comme un jeu d'enfants puéril et un poil ridicule.

 

Le film a un certain charme, notamment parce qu'on y retrouve la toute juvénile Jodie Foster qui joue avec beaucoup de talent les petites femmes fatales et que son numéro chanté My name is Tallulah est assez irrésistible. Il convient d'ailleurs de dire enfin que le point fort de Bugsy Malone est évidemment sa bande originale. La musique du film est signée du génial Paul Williams, l'inoubliable Swann du Phantom of the paradise de Brian de Palma qui composa également la sublime bande-son de ce film. Avec ses accords singuliers et sa voix entraînante, Paul Williams donne toute sa saveur à cette comédie musicale soignée et assez originale.

 

Quant à la réalisation d'Alan Parker, elle est classique mais relativement sobre (à part quelques effets de solarisation hamiltoniens dans une ou deux scènes bucoliques). Ce n'est sans doute pas le chef-d’œuvre du siècle mais on passe un bon moment.

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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Mercredi 17 septembre 2014 3 17 /09 /Sep /2014 19:32

Near death experience (2014) de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Michel Houellebecq

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Avec six films au compteur, les duettistes Gustave Kervern et Benoît Delépine sont parvenus à faire entendre une voix singulière au cœur du genre sinistré de la comédie française. Qu'on n'aime ou pas leurs films (j'ai lu quelques critiques destructrices qui me paraissent bien injustes), on peut quand même reconnaître qu'ils ont peaufiné un style (où le minimalisme de Kaurismaki se mêle au burlesque froid de Tati) et imposé un ton (entre la farce libertaire et le désespoir existentiel) à mille lieues des comédies beaufs tendance Clavier/Dubosc ou de cet « humour » Canal + fait de bons mots et de vieilles vannes de comiques de « stand up » fatigués.

Near death experience débute comme leurs films précédents : plans fixes et longs, intérêt porté au cadre plutôt qu'aux dialogues (avec notamment cette bonne idée d'isoler le personnage principal dépressif dans sa bulle en coupant systématiquement la tête des gens qu'il côtoie : collègues, famille...).

 

Paul, employé à France Télecom, marié et père de deux enfants, décide un beau jour de tout plaquer et d'aller se suicider en montagne.

Même ce point de départ évoque les films précédents des compères : la quête de Depardieu pour retrouver les « papelards » pour sa retraite (Mammuth) ou celle de Louise pour tuer le patron responsable de son licenciement (Louise-Michel).

 

Pourtant, Near death experience n'a rien d'une redite et s'aventure sur d'autres chemins buissonniers. D'abord parce que le film n'est pas une comédie (même si certains passages sont hilarants) mais un vrai drame existentiel. Ensuite parce que Kervern et Delépine délaissent un peu les « films à vedettes » (Depardieu et Adjani dans Mammuth, Poelvoorde et Dupontel dans Le grand soir) pour revenir à un film de « potes », tourné avec des clopinettes comme au temps d'Aaltra et une équipe technique réduite au minimum. Kervern, venu présenter son film hier, nous avoua que ce qui coûta le plus cher fut d'acquérir les droits des morceaux de Black Sabbath que l'on entend à certains moments du film !

 

Passé le prologue où la silhouette longiligne de Paul semble écrasée par un décor urbain anonyme et terne, les cinéastes se concentrent sur ce personnage unique et sa longue balade en vélo à travers la montagne. Near Death experience devient alors une sorte d'épopée dérisoire d'un personnage peint par Giacometti plongé dans un univers à la Beckett. Paul tente de se nourrir comme il le peut en fouillant dans les poubelles ou en buvant l'eau d'une piscine. Il dialogue avec des tas de cailloux représentant sa femme et ses enfants. Il s'arrête au bord du vide, prêt à faire le grand saut, mais en se ravisant plus ou moins volontairement...

 

Ce qui fait la force du film, c'est bien évidemment Michel Houellebecq. A la fois son corps, avec ce visage abîmé étonnant qui fait de lui une sorte de clochard céleste mais également sa voix (off) puisque le film ne cesse de nous faire partager son soliloque intérieur. Ces propos, pessimistes, évoquent le caractère absurde de l'existence, l'évolution sans pitié d'un monde soumis à la loi du marché et du libéralisme sauvage qui rend « obsolètes » les individus de plus de 50 ans, la vie de couple et de famille, etc.

On pourra éventuellement reprocher le caractère un peu « plaqué » de cette vision du monde chez les cinéastes mais ils parviennent néanmoins à donner une véritable forme à ce « discours » et c'est l'allure dégingandée et désabusée de Houellebecq qui porte cette forme. Son ton désabusé mais plein d'humour donne vie à des monologues qui pourraient avoir été écrits par l'écrivain tout en confrontant le spectateur à sa propre expérience, à ses doutes et ses angoisses.

Même si Near death experience apparaît comme un film nihiliste, il n'est pas désespéré et fait preuve d'une légèreté constante, notamment dans ces pures scènes de comédie où Paul se jette sur une tente de campeur ou rencontre un paumé dans les sommets qui nous vaudra une partie de « petits coureurs » très drôle, un désopilant défi de « barbichette » (discipline où Houellebecq détient assurément le record du monde!) et un dialogue assez génial où l'écrivain dénigre systématiquement tout ce qui est campagne, grand air et montagne.

 

La mise en scène est peut-être un poil moins rigoureuse que dans les précédents films du duo (le point n'est pas toujours fait) mais on se laisse volontiers prendre par cet éloge de la fugue, ce nouveau pas de côté que nous proposent Kervern et Delépine pour ne pas subir un monde programmé ayant décrété l'obsolescence de l'homme...

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
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Mardi 16 septembre 2014 2 16 /09 /Sep /2014 07:42

The amazing Spider-Man 2 (2013) de Marc Webb avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx (Editions Sony Pictures). Sortie le 3 septembre 2014

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Faut-il encore préciser que les films de super-héros ne sont pas ma tasse de thé ? Que j'ai du mal à me passionner pour des types asexués qui mettent un collant pour sauver la planète et qui échappent à tous les dangers imaginables ?

Vous me rétorquerez que ce genre de film ne s'adresse pas à moi mais aux ados du monde entier, avides de sensations fortes, de spectacles démesurés et de pop-corn. Vous n'aurez pas totalement tort mais, à ma grande surprise, il se trouve que j'ai vraiment bien aimé les deux premiers Spider-man réalisés par Sam Raimi. Outre la réalisation inspirée, j'avais apprécié cette manière qu'avait le cinéaste de lier la découverte des supers-pouvoirs de Peter Parker à la mue de l'adolescence. La première toile d'araignée projetée par le jeune homme évoquait irrésistiblement une première branlette et Raimi jouait de manière subtile sur l'image du super-héros comme projection de l'adolescence désireuse de conquérir le monde.

Je n'ai cependant suivi la saga que de loin, loupant le troisième volet (toujours signé Raimi) et en m'abstenant d'aller voir The amazing Spider-man, premier épisode d'une saga relancée par Marc Webb.

Ce fut sans doute un tort dans la mesure où ce deuxième volet ne semble s'adresser qu'aux initiés. Spider-man lutte toujours contre la criminalité à New-York en agrémentant chacun de ses exploits d'un bon mot ou d'un trait d'humour qui déleste d'emblée le film de tous véritables enjeux dramatiques.

Je me disais en voyant ce film que quelque chose avait décidément changé dans la conception du cinéma hollywoodien industriel. On va croire que je me lamente encore sur le « bon vieux temps » et que je refuse de vivre avec mon époque (ce qui n'est peut-être pas totalement faux mais j'assume) mais il me semble qu'il y avait autrefois une volonté de construire un récit et de ménager des moments plus calmes pour mieux préparer les scènes spectaculaires comme autant de « climax » attendus, espérés ou craints. Désormais, il faut que tout soit sur l'écran dès les premières minutes et, comme dans le cinéma pornographique, il faut offrir aux spectateurs ce qu'ils sont venus voir toutes les dix minutes (des effets-spéciaux, du son et lumière bruyant, de la pyrotechnie à gogo...). Du coup, je m'ennuie dès les premières minutes du film parce que je ne crois pas aux personnages (je n'ai pas eu le temps de m'identifier à eux, de les connaître et de m'attacher puisqu'on est immédiatement propulsé au cœur de l'action) ni même aux situations (il n'y a plus besoin de cinéma puisque tout (ou presque) a été recréé par ordinateur!) qui donnent parfois l'impression de contempler quelques avatars de jeux vidéos débilitants se taper sur la tronche !

 

La réalisation de Marc Webb est assez calamiteuse puisqu'on ne parle plus ici de mise en scène, de montage, de découpage, de raccords mais d'une succession de plans dopés aux amphétamines avec une caméra qui tremble pour tenter de faire oublier qu'elle ne représente aucun point de vue et que sa seule agitation tient lieu de « rythme ». Du coup, on se désintéresse assez vite de cette quête des origines de Peter, de son combat contre le méchant Electro (Jamie Foxx) et de son histoire d'amour compliquée avec Gwen (Emma Stone).

 

Par ailleurs, une des faiblesses de The amazing Spider-man 2 tient à sa distribution. Si Jamie Foxx tire son épingle du jeu, le couple vedette n'a pas le charme du duo Tobey Maguire/ Kirsten Dunst. Emma Stone est fadasse à souhait et ne se distingue aucunement de toutes les petites starlettes blondes insipides que nous proposent régulièrement Hollywood tandis qu'Andrew Garfield manque cruellement de charisme et joue comme une savate.

 

Reste alors un grand son et lumière où se succèdent explosions, accidents spectaculaires, sauts dans le vide (sans doute pour le côté « grand huit » que doit apporter la 3D) et acrobaties en tout genre. Sans doute est-ce une erreur de ma part (je me fie en grande part aux bandes-annonces que je peux voir car je vais rarement découvrir ce type de blockbusters en salles) mais j'ai l'impression qu'il s'agit de la morne routine d'un certain cinéma industriel qui n'a plus rien d'autre à proposer que de la poudre aux yeux et des récits formatés pour plaire à un public adolescent (donc sans sexe et sans violence).

 

Inutile de préciser que je trouve ça laid, tapageur et sans le moindre intérêt...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
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