Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 23:12

Lina.jpg

 

lina_romay.jpg

 

lina2.jpg

 

LINA ROMAY (1954 - 2012)

Par Dr Orlof - Publié dans : R.I.P
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 23:00

38 témoins (2011) de Lucas Belvaux avec Yvan Attal, Sophie Quinton, Nicole Garcia, Natacha Régnier, Didier Sandre

  bof.jpg

Lucas Belvaux est venu l'autre soir présenter au public dijonnais son dernier opus. La tâche qui m'incombe ce soir est donc assez difficile car il s'agit non seulement d'un cinéaste sympathique et très intéressant lorsqu'il évoque son métier ; mais également parce que j'ai plutôt bien aimé ses films précédents, que ce soit le délicieux Pour rire !, la fameuse trilogie grenobloise (Cavale, Un couple épatant et Après la vie) ou La raison du plus faible.

Avec 38 témoins, Belvaux s'installe, à l'instar de Kaurismäki, dans la bonne ville du Havre et adapte librement à l'écran un roman (Est-ce ainsi que les femmes meurent?) que Didier Decoin a lui-même tiré d'un fait divers américain.

 

Le scénario peut se résumer en quelques lignes : une jeune femme est sauvagement assassinée en pleine nuit mais, lorsque la police enquête dans le voisinage, il s'avère que personne ne l'a entendue. Beaucoup d'immeubles aux alentours mais pas un seul témoin jusqu'au jour où Pierre (Yvan Attal), rongé par la culpabilité, décide de parler aux gendarmes...

 

Le film débute plutôt bien. Lucas Belvaux prouve une fois de plus qu'il sait installer une atmosphère inquiétante en jouant avec les ambiances nocturnes, les nappes sonores (la bande-son est travaillée de manière très intelligente, entre musique « concrète » à base de sonorités diverses- sirènes, moteurs, etc- et compositions musicales plus classiques) et le cadre. Ce qui séduit le plus dans 38 témoins, c'est le « décor », cette rue qui devient un véritable petit théâtre du crime. Le cinéaste joue à merveille (on se souvient de l'importance de la ville Grenoble dans la trilogie) avec la topographie, ces appartements qui se font face et qui apparaissent tous comme des points de vue « aveugles » sur l'affaire criminelle. Lorsque Pierre regarde par la fenêtre et qu'il voit l'un de ses voisins sur le balcon en train de le fixer, un trouble réel naît dans l'esprit du spectateur qui ressent alors le poids de tous les secrets pouvant se dissimuler derrière ces rideaux.

 

Puis arrive la confession de Pierre et c'est alors que le bât blesse.

Primo, parce que Belvaux s'est planté sur son casting et qu'Yvan Attal n'est pas très bon. Il incarne ce personnage de manière un peu molle et dégage un charisme à peu près équivalent à celui d'un beignet. En face de lui, Sophie Quinton est plutôt convaincante (mais on sait que la jeune femme est une excellente actrice depuis Qui a tué Bambi?) et Nicole Garcia joue comme dans un téléfilm de France 2 et paraît un peu à côté de la plaque.

Secundo, parce que cette tirade pleurnicharde fait virer le film du côté de l'analyse psychologique un peu lourde et une volonté explicative qui sied mal au projet.

C'est toujours une très mauvaise idée que de donner des conseils à un cinéaste sur ce qu'il aurait dû faire ou pas mais je trouve que 38 témoins aurait été excellent si Belvaux avait poursuivi dans le style « clinique » qu'il adopte dans un premier temps. Il serait peut-être alors parvenu à une analyse du mystère de l'âme humaine à la manière de Truman Capote dans De sang-froid. Malheureusement, il retombe vite dans les mailles d'un cinéma de « qualité » avec longues (très longues!) plages de dialogues et la pesanteur de silences trop explicatifs.

 

Belvaux nous l'a avoué : il voulait avec ce film prendre le contre-pied de Simenon et de la devise de Maigret : « comprendre, pas juger ». Pour lui, il ne s'agit pas d'éviter la phase de compréhension mais il lui semble nécessaire de juger (notamment ces 38 non-assistances à personne en danger). De la même manière, il nous a confié ne pas vouloir jouer sur l'opacité totale et offrir des « réponses ».

Si sa position peut être défendable, encore faut-il tenir en compte de la complexité de la nature humaine. J'aimais beaucoup la façon dont Belvaux faisait d'un « terroriste » un véritable personnage de cinéma dans Cavale et Après la vie : on pouvait le « juger » mais le cinéaste parvenait à montrer la frontière poreuse entre le Bien et le Mal et qu'un terroriste pouvait aussi avoir une certaine idée du Bien et du Juste.

Dans 38 témoins, on ne retrouve plus cette ambiguïté. Il y a une frontière très marquée entre le Bien (que découvre Pierre en parlant) et le Mal (ceux qui se taisent) et il ne reste plus alors qu'à limiter la complexité de la nature humaine à une juxtaposition de diverses positions (celle des témoins -voir par exemple l'insupportable tirade de Natacha Régnier-, du juge, de la journaliste...) qui ne traduisent finalement qu'une position déjà réfléchie.

A force de vouloir tout expliquer et clarifier, Lucas Belvaux gâche un peu son projet même si, par moment, on retrouve une certaine puissance dans la mise en scène (la reconstitution finale du crime est plutôt réussie). Mais parallèlement, on doit subir quelques séquences épouvantables, à peine dignes du plus plat des téléfilms (un dialogue affreusement mal filmé sur la plage entre Garcia et Attal).

 

C'est dommage mais malgré ce malencontreux faux pas, je n'ai pas perdu toute confiance en cet attachant cinéaste qu'est Lucas Belvaux...

Par Dr Orlof - Publié dans : Avant-première
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 23:55

Un monde sans femmes (2011) de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Laure Calamy, Constance Rousseau

  classe.jpg

C'est un privilège redoutable pour un premier film que de devoir systématiquement ployer sous le poids des comparaisons. Et c'est un peu ce qui est en train d'arriver à Guillaume Brac dont Un monde sans femmes est accueilli sous un concert d'éloges. Mais si ces éloges sont amplement mérités, pourquoi alors vouloir accabler le cinéaste par ces multiples références ? D'autant plus que certaines me paraissent totalement erronées. Pour prendre un exemple, j'ai du mal à voir un quelconque rapport avec le cinéma de Rohmer : Guillaume Brac ne signe pas un film « littéraire » et les obsessions de l'auteur de Conte d'été quant à l'espace et la « géométrisation » des situations me semblent absentes ici. Alors d'accord, le film a été tourné à la plage mais pourquoi ne pas alors convoquer les figures tutélaires de Michel Lang ou Max Pécas ?

En revanche, la référence à Rozier me semble davantage justifiée et c'est peu dire le plaisir qu'on a de découvrir un film qui s'inscrive dans la tradition d'un sublime chef-d’œuvre comme Du côté d'Orouët.

Mais ce qui fait encore plus plaisir, c'est d'assister à la naissance d'un véritable cinéaste qui tourne ostensiblement le dos à toutes les modes en vigueur. Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un premier film français évitant ainsi tous les tics du cinéma d'auteur contemporain : naturalisme, sociologisme, misérabilisme etc.

 

La première des qualités d'Un monde sans femmes, c'est de parvenir à faire exister un véritable personnage de cinéma.

Sylvain (Vincent Macaigne) apparaît d'abord dans Le naufragé, un très beau court-métrage de Brac proposé en complément de programme. C'est par ce biais que nous faisons la connaissance de ce jeune provincial solitaire et malheureux en amour. Il tente ici d'aider un cycliste en panne mais ses attentions vont vite avoir des effets inverses à ceux escomptés...

Dans Un monde sans femmes, il loue un appartement avec vue sur la Manche à deux jolies parisiennes (la mère et la fille) et se laisser séduire par ces deux jeunes femmes...

Dans le rôle de Sylvain, Vincent Macaigne est admirable et compose un personnage lunaire, solitaire et mal dans sa peau. Le talent de Guillaume Brac tient dans cette manière qu'il a de faire exister à l'écran un type de personnage finalement peu vu au cinéma : l'homme timide et tétanisé à l'idée d'avouer ses sentiments à une femme. Il le fait avec beaucoup de finesse et de nuances : Sylvain a beau n'être ni un psychopathe (souvenons-nous de ce qu'écrivait Houellebecq dans Plateforme : « C'est un peu un regret, dans ma vie, le célibat. C'est surtout gênant pour les vacances. Les gens se méfient des hommes seuls en vacances, à partir d'un certain âge : ils supposent chez eux beaucoup d'égoïsme et sans doute un peu de vice […]) ni un asocial (il a des amis et il est toujours avenant, serviable et doux) ; il ne parvient pas à oser franchir le pas.

Rarement on aura montré aussi bien à l'écran à quel point la timidité peut rendre maladroit et gauche. Ni combien elle peut être pesante surtout lorsque ceux autour semblent à l'aise et sûrs d'eux. Guillaume Brac nous propose une très belle scène de boite de nuit où le cadre isole Sylvain dans sa bulle (on sent très bien son malaise à se trémousser malhabilement) tandis que les deux filles et le séducteur s'amusent de concert. Le montage suggère dans un premier temps que le jeune homme est très éloigné du groupe mais un bref panoramique révélera qu'il dansait à côté. En quelques plans, Brac est parvenu à nous faire ressentir l'isolement et la solitude du personnage.

 

Tout l'art de la mise en scène de Brac tient dans cette façon de faire sentir ce léger décalage entre Sylvain et le monde. Et une manière très subtile de jouer les funambules entre un présent immédiat et le sentiment du temps qui passe (celui des occasions ratées et des regrets).

Un monde sans femmes oscille sans arrêt entre le léger et le futile (ces saynètes amusantes où l'on partage les jeux puérils des vacanciers) et une véritable mélancolie qui pointe le bout de son nez lorsque les vacances se terminent. Avec son air de ne pas y toucher, le cinéaste parvient à capter quelque chose de « l'air du temps » sans pourtant s’embarrasser de l'arsenal psychologique ou sociologique de rigueur.

 

N'empêche que cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu des personnages aussi vrais à l'écran (aucun n'est méprisé ou négligé) et qu'on avait traité avec autant d'acuité les thèmes de la solitude, de l'isolement provincial (en dehors de la période estivale, la ville d'Ault où habite Sylvain est un véritable mouroir!) et de la misère sexuelle.

Et cela faisait aussi longtemps qu'on n'avait pas senti un tel bonheur de filmer et de saisir la beauté fugace d'un rayon de soleil sur une épaule féminine dénudée.

 

Avec Un monde sans femmes (et Le naufragé), une évidence s'impose : un cinéaste est né. Puisse-t-il ne jamais s’enivrer des bons retours que son film suscite afin de conserver longtemps cette fraîcheur et cette liberté devenues si rare dans le cinéma d'auteur contemporain...

 

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 18:48

Coffret Destination Mars (Editions Artus Films)

 

Invaders from Mars (Les envahisseurs de la planète rouge) (1953) de William Cameron Menzies

Rocketship XM (24h chez les martiens) (1950) de Kurt Neumann

Flight to Mars (1951) de Lesley Selander

Red planet mars (1952) de Harry Horner

 invaders1.jpg

 

Cela faisait longtemps que nous n'avions pas loué l'excellente maison Artus qui nous propose depuis quelques temps de beaux coffrets (nous évoquerons le plus rapidement possible celui consacré aux films de dinosaures) regroupant des perles rares du cinéma bis. Aujourd'hui, je vous propose un petit séjour sur Mars.

Les quatre films proposés par le petit éditeur courageux reflètent à merveille un certain état d'esprit de la science-fiction américaine des années 50. Tournés entre 1950 et 1953, c'est à dire en pleine période maccarthyste, ces œuvres sont toutes imprégnées, d'une manière ou d'une autre, de cette paranoïa américaine qui sévissait à l'époque. Et qu'imaginer de plus pratique que la petite planète rouge pour personnifier le péril communiste, la menace nucléaire et la volonté de repli sur soi du bloc occidental?

En détournant un slogan devenu tristement célèbre, nous dirons que ces œuvres vont se plier à l’injonction suivante : « La terre, soit tu l'aimes (et tu la défends par la force), soit tu la quittes (pour aller sympathiser avec les rouges » !

 

Version belliciste, nous aurons Invaders from Mars de William Cameron Menzies. Les hommes rouges débarquent une belle nuit sur terre sous le regard d'un enfant et se mettent à enlever des terriens. Ils leur lavent le cerveau et les transforment en êtres cruels, violents et totalement soumis à leurs nouveaux chefs (une nouvelle vision du bolchevique avec le couteau entre les dents!). A partir de là, le film va être une véritable apologie de la force de frappe américaine et de sa puissance de dissuasion. Si l'idéologie rétrograde de l’œuvre fait sourire aujourd'hui, ses qualités cinématographiques laissent le spectateur un peu sur sa faim.

William Cameron Menzies n'est pas un nom inconnu des cinéphiles et quelqu'un comme Pierre Berthomieu a tenté une véritable réhabilitation de celui qui fut décorateur sur de grands classiques du cinéma hollywoodien (Autant en emporte le vent, Duel au soleil...). Pour le critique, c'est grâce aux directions artistiques de Menzies qu'un certain courant « expressionniste » américain a pu connaître une sorte d'apogée.

Cependant, il paraît difficile de le réhabiliter en tant que cinéaste de séries B. Pourtant, le film débute plutôt bien et les vingt premières minutes sont assez prenantes. On apprécie même une très belle séquence dans un commissariat où les décors stylisés couplés à des angles de prises de vue privilégiant la profondeur de champ parviennent à créer une ambiance assez réussie. Malheureusement, le film devient ensuite vite bavard et ternit sous les coups de boutoirs de son idéologie rance.

Seule la fin nous tire d'une agréable somnolence lorsque apparaissent enfin à l'écran les créatures de l'espace. Les effets spéciaux antédiluviens donnant alors à l’œuvre une patine mi-naïve, mi-kitsch pas méprisable.

 

Dans Rocketship XM, nos héros quittent cette fois notre belle planète pour aller... sur la lune! Mais un incident se produit en route et les voilà détournés vers Mars. Aux commandes de cette petite fantaisie SF, Kurt Neumann que les cinéphiles connaissent pour avoir réalisé La mouche noire, première version du chef-d’œuvre de Cronenberg.

Idéologiquement, notre homme est beaucoup plus sympathique et joue moins sur la peur du Rouge que sur une crainte plus légitime des avancées scientifiques incontrôlées. Pour le dire autrement, le cinéaste met en garde le spectateur contre la menace nucléaire. Sur Mars, notre équipage rencontrera effectivement une civilisation revenue à la barbarie suite à un cataclysme atomique. En cette période de Guerre Froide, la course aux armements est clairement montrée comme une cause possible de la fin du monde.

Si le propos n'est pas idiot, le film souffre là encore d'incessants bavardages qui le firent qualifier par Jean-Pierre Bouyxou (La science-fiction au cinéma) de « totale nullité ». Même si on s'ennuie un peu, ce jugement paraît un poil sévère d'autant plus qu'une fin très pessimiste surprend dans le cadre assez stéréotypé de ce genre.

flight2.jpg

Le bavardage est sans doute l'un des pires défauts d'une SF qui veut se donner de pseudos-assises scientifiques. Du coup, alors qu'on se ballade volontiers sur Mars avec un blouson en cuir et un minuscule masque à gaz, les scénaristes se croient obliger de nous infliger de longues digressions sur de pseudos théories scientifiques ou nous abreuver de démonstrations plus ou moins fumeuses.


Flight to Mars n'échappe pas à la règle et de ce voyage vers la planète rouge (les martiens ne sont pas désagréables mais sournois : méfiance, donc!), on ne retient que les tenues affriolantes des jolies autochtones (Les minis minijupes du film annonçant celles de la divine Anne Francis dans Forbidden planet). Que dire de plus sinon que le film est signé Lesley Selander, spécialiste du western de série B dont l'excellent Jean-Pierre Putters écrit dans Ze Craignos Monster (tome 1) : « Cinéaste d'une grande humilité, Lesley Selander signe une humble carrière et laissera un humble souvenir. Juste logique des choses ». Je ne vois, effectivement, rien à ajouter.

 

Si les terriens osent aller vers l'Autre dans Rocketship XM et Flight to Mars, ceux de Red Planet Mars de Harry Horner (illustre inconnu) restent chez eux. Mais alors que les trois films précédents traitaient des peurs américaines sur un mode métaphorique, il n'est ici presque plus question de science-fiction mais de traité de géopolitique. En effet, des martiens nous ne verrons que de vagues signaux sur un écran. Un scientifique parvient à les intercepter alors que les russes cherchent également à le faire. Dans un premier temps, ces messages provoquent une catastrophe car ils inoculent une idéologie qui ne semble pas très éloignée du communisme (l'annonce d'une possibilité de vivre 3000 ans fait faire faillite aux assureurs tandis que la possibilité de manger pour trois fois rien créée une véritable crise économique). Tout rentrera dans l'ordre lorsque les messages nettoieront les consciences en transmettant des mots... tirés de la Bible !

C'est donc avec une certaine stupéfaction amusée qu'on regarde ce film de propagande farouchement anti-cocos (c'est un ancien criminel nazi qui travaille à leurs côtés) et qui célèbre avec ferveur le message de Dieu.

Horner nous gratifie de scènes quasi-surréalistes où la foule ébahie se convertit soudainement à la foi et fait régner la paix sur terre (en se débarrassant, à l'occasion, du virus communiste). Ça en devient presque drôle et l'on recommanderait volontiers le film si, par ailleurs, il n'était pas aussi ennuyeux (encore beaucoup de bavardages pseudos-scientifiques) et plat (les décors flashy de Flight to Mars étaient beaucoup plus récréatifs que ce noir et blanc terne).

 

En revanche, on recommande malgré les défauts des films ce coffret, ne serait-ce que parce qu'il recèle de véritables curiosités et parce qu'il permet de réaliser à quel point la Guerre Froide et la peur du communisme ont irrigué en profondeur tout un pan du cinéma de SF yankee...

Par Dr Orlof - Publié dans : Nouveautés DVD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 14:22

Go Go Tales (2007) d’Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Matthew Modine, Bob Hoskins, Asia Argento, Lou Doillon

  pasmal.jpg

Nous avions un peu perdu de vue Abel Ferrara ces dernières années. D’un point de vue purement « technique », en premier lieu, puisque Go Go Tales date déjà de 2007 et qu’aucun des quatre films qu’il a tournés ensuite n’a bénéficié d’une distribution en salles (on attend néanmoins avec impatience son 4 : 44 - Last day on Earth). Mais également d’un point de vue « artistique » puisqu’après les chefs-d’œuvre des années 90 (Bad Lieutenant, The funerals) ; le virage des années 2000 fut assez mal négocié par le cinéaste.

Si je n’ai toujours pas vu Christmas (accordons-lui le bénéfice du doute), le sulpicien Mary m’avait accablé.

A force d’avoir été systématiquement encensé par la critique, Ferrara finissait par prendre la pose de l’Auteur tourmenté et par se parodier lui-même.

Bonne nouvelle : avec Go Go Tales, Ferrara revient à ses premières amours : huis-clos (tout se passe entre les quatre murs d’une boite de strip-tease), petit budget et mise en berne de ses ambitions « auteurisantes ». Du coup, ce qu’il perd en ambition (en prétention aussi), il le gagne en énergie et renoue même avec une saine « vulgarité ». Mais à l’inverse d’un cinéaste « vulgaire » comme Verhoeven filmant vulgairement la vulgarité (Showgirls), Ferrara filme avec brio et tendresse la vulgarité de ces spectacles miteux et ringards.    

 

Pour résumer la trame du récit, il nous suffirait d’un ticket de métro (pardon, de loto…) : Ray Ruby (excellent Willem Dafoe), comédien et joueur invétéré, est également le patron d’un club, le Paradise, dont les finances sont au plus mal. Arrivera-t-il à mener sa barque à bon port ?

 

Difficile de ne pas voir dans ce film une métaphore transparente de la situation de Ferrara et de son cinéma au cœur de l’industrie cinématographique. Autour de ce « metteur en scène » aux allures de démiurge et qui voudrait également -pourquoi pas ? - changer de registre (comédiens qui récitent du Shakespeare, danse classique…), tout se délite : les financiers coupent les vannes (Matthew Modine en associé peroxydé à petit chien est assez savoureux), les filles (des comédiennes ?) menacent de se mettre en grève parce qu’elles ne sont plus payées, la propriétaire (une productrice ?) hurle qu’elle va trouver d’autres locataires et le public se fait rare…

 

Quelle place reste-t-il alors dans cet univers pour la création ? Ferrara livre un constat assez pessimiste de la situation du cinéma indépendant américain aujourd’hui mais il ne se laisse pas aller au dolorisme d’un film comme Snake eyes.

Ce qui séduit dans Go Go Tales, c’est cette énergie et cette manière qu’a le personnage principal de lutter contre les aléas économiques pour que le « spectacle continue ». Dès le premier plan, la caméra de Ferrara décrit d’élégantes volutes autour d’un Ray allongé. D’une certaine manière, tout le reste peut alors être vu comme une sorte de rêverie au cœur de ce monde de la nuit où les danseuses les plus excentriques (la magnétique Asia Argento avec son chien) cohabitent avec de vieux mafieux (Bob Hoskins) ou des cuisiniers spécialisés dans le bio. Rien ne peut s’opposer (voir une « happy end » assez peu crédible mais qui renforce le côté « conte » du film) à l’énergie et à la volonté du cinéaste même s’il la réinvente sans doute à l’aune de ses rêves.

 

La mise en scène de Ferrara traduit à merveille cette énergie qui anime Ray : sa caméra est sans cesse en mouvement et se faufile dans le club sans chercher forcément à mettre en valeur tel ou tel personnage. Ce sont moins les destinées individuelles qui intéresse le cinéaste que le mouvement collectif, cette croyance indéfectible en un projet commun.

 

Le film souffre peut-être d’être un poil trop « optimiste » dans la mesure où le cinéaste évacue toute la violence que sous-tend pourtant cet univers (d’une certaine manière, il s’agit d’une version légère du Casino de Scorsese). De plus, la trame narrative est si minime que le film peine parfois à prendre de l’ampleur et à s’élever au-dessus de l’anecdotique (la vie ne tient qu’à un string, écririons-nous si nous étions- Dieu nous en préserve !- critique à Libération !)

 

Mais encore une fois, ces quelques réserves n’enlèvent rien aux qualités d’un film qui renoue d’une certaine manière avec les « séries B » des débuts du cinéaste.

De l’énergie à revendre, une manière légère d’évoquer une certaine « grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma »… Ferrara a encore des choses à nous dire et c’est plutôt une bonne nouvelle…    

Par Dr Orlof - Publié dans : Critique
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés