Cinémarathon

Mercredi 30 octobre 2013 3 30 /10 /Oct /2013 12:08

Cinématon 2401-2430 (2011) de Gérard Courant

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Sheila Baldago-Tobias Cinématon n°2406

 

J'évoquais lors de ma dernière note les apparitions « hitchcockiennes » que faisait Gérard Courant dans certains Cinématons tournés à Dubaï. Or cette nouvelle étape débute par le portrait d'Erfan Rashid (n°2401), cinéaste et critique irakien, qui pose devant un mur où sont accrochées... plusieurs photos de l'auteur de Cœur bleu.

Le critique libanais Hauvick Habéchian (n°2402) est beaucoup plus agité : il se colle un cintre dans le dos et montre à l'écran toute une série d'objets plus ou moins incongrus : un appareil photo, une balle de golf, une souris (d'ordinateur), une télécommande et même... un préservatif (ce qui tendrait à prouver que les festivals restent des lieux privilégiés pour les rencontres galantes!)

Lorsque est arrivé le tour du cinéaste Javier Ideami (n°2404), c'est au jeu des ressemblances que je me suis livré. Tandis que je prétendais voir chez cet homme un petit air de Bernard Menez (jeune!), une voix contradictoire est venue m'affirmer qu'il ressemblait davantage à Lorànt Deutsch (« quand il fait sa tête d'abruti ») voire à Stan Laurel. La question reste donc ouverte !

Avec la jolie Sheila Baldago-Toblas (n°2406), Cinématon entre dans l'ère des réseaux sociaux. La jeune femme commence par se mettre du rouge à lèvres puis se prend en photo avec son smartphone. Ensuite, elle montre à la caméra qu'elle est en train de partager cette photo sur son profil Facebook. Belle idée, donc, que de confronter deux durées contradictoires : le temps suspendu du Cinématon et la célérité de l'information à l'heure des nouvelles technologies.

 

Deux portraits de femmes vont jouer de manière assez fine sur la dialectique du caché/montré. Les deux sont émiraties mais l'une est modèle (Zahra Ahmed, n°2409) tandis que l'autre est cinéaste et productrice (Nayla Al Khaja n°2411). La première apparaît d'une façon qui évoque immédiatement ce que l'on peut penser d'une femme des émirats, figée et avec le voile. Sauf qu'à bien y regarder, on constate que la jeune femme laisse ostensiblement dépasser ses cheveux (le voile devient davantage un ustensile de séduction plutôt qu'une marque de soumission) et qu'elle est maquillée comme une voiture volée. Nayla Al Khaja apparaît d'abord de dos et le spectateur ne voit qu'un grand voile noir (on pense qu'il s'agit d'une niqab). Puis elle sort du champ et revient de face : on constate qu'elle aussi laisse dépasser ses cheveux. Enfin, elle quitte à nouveau le cadre et revient sans son voile, laissant éclater sa beauté.

 

La fin des portraits tournés à Dubaï (fin provisoire) est plus conventionnelle. Les comédiens koweïtiens jouent avec leur bouche : Moos (n°2413) présente à la caméra une langue de taille considérable tandis que Monira Al Qadiri (n°2414) fait de grands mouvements de bouche au ralenti. La marocaine Houda Erry (n°2415) joue les cantatrices et comme le film est muet, on a le sentiment de voir un plan expressionniste venu des premiers Werner Schroeter ! Le voyage se termine par la danse du cinéaste soudanais Amjad Abu Al-Ala (n°2420).

 

Retour en France chez Alain Paucard avec le portrait d'une jolie peintre Marie Morane (n°2421). Si on peut oublier les deux portraits immobiles de deux vidéastes (Fiona Lindron n°2424 et Esther Hoareau n°2425), un peu décevants dans la mesure où l'une est aussi plasticienne et que cette « profession » a souvent fait preuve d'originalité ; on signalera que l'un des plus beaux Cinématon du lot est celui de la correctrice Jeanne Labourel (n°2426). Celle-ci joue avec une série de cartons et commence par un « Ceci est une femme ». Ensuite, elle prend les « poses » indiquées par les cartons (« femme au chapeau n°1 », « femme qui lit Marguerite Yourcenar »...)...L'un des derniers cartons est « femme nue » suivi immédiatement par un autre carton « vous y avez cru, hein » qui m'a bien fait rire.

Après ce portrait très réussi, le libraire Gildas Bouillaud (n°2427) lit un ouvrage de Pierre Louÿs (ce qui témoigne d'un goût certain!) et s'envoie une belle rasade de whisky (ce qui paraît normal chez Alain Paucard).

 

La série se termine par un autre joli portrait, celui de Fatima Bakadar (n°2430) qui apparaît à l'image entre deux écrans noirs dans la mesure où elle passe son temps à éteindre et allumer la lampe qui éclaire la pièce...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Mercredi 23 octobre 2013 3 23 /10 /Oct /2013 11:24

Cinématon 2371-2400 (2011) de Gérard Courant

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  Saleh Karama Cinématon n° 2386


 

A certains moments, trente « cinématons » pouvaient représenter plus de deux ans de la vie de Gérard Courant. Les trente portraits que nous avons découverts lors de cette étape ont été tournés...en trois jours ! Nous sommes en avril 2011 et le cinéaste profite de sa rétrospective au festival de Dubaï pour assouvir sa soif compulsive de filmer (outre sa série « phare », Courant a tourné des heures de « Carnets filmés »).

Pour le spectateur occidental, les personnalités filmées sont parfaitement inconnues mais Courant nous offre un panorama assez impressionnant de l'univers artistique du monde arabe. La promiscuité des différentes nationalités qui défilent devant sa caméra est assez étonnante. Un cinéaste irakien (Oday Rasheed n°2394) voisine avec un vieil acteur koweïtien (Mohammed Almunai n°2390), une journaliste égyptienne (Mervat Omar n°2376) côtoie un critique de cinéma palestinien (Bashar Ibrahem n°2388), un producteur de Bahreïn (Bassam Al-Thawadi n°2372) précède un directeur artistique émirati (Ahmed Hassan Ahmed n°2382)...

 

Au risque de me répéter, les cinématons tournés à Dubaï semblent marquer une sorte d'apogée dans la période « vidéo » de la série. En effet, Courant a définitivement (?) opté pour des portraits en noir et blanc et retrouve, en quelque sorte, la fraîcheur de ses débuts. Il ne se passe pas « grand chose » dans tous ces portraits mais la lumière forte du soleil qui « cuit » les arrière-plans et les rend presque « invisibles » donne un certain cachet à ces films.

 

Parmi ceux qui « font » quelque chose, citons trois intrépides modèles qui prennent le risque de manger devant la caméra alors que cette action n'est jamais très « glamour » en gros plan (beaucoup sont tombés sur Kechiche à cause de ça!). Si la charmante comédienne marocaine Samira Mesbahi (n°2397) s'en tire élégamment en croquant des croissants avant d'imiter le poisson, Hassan Kiyany (n°2385), cinéaste émirati, en met parfois un peu à côté. Quant à Nasser Al Yaqoobi Al Zaabi (n°2384), il parvient au bout de l'épreuve avec les honneurs.

 

Je soulignais plus haut une sorte de « retour aux sources » de Cinématon : est-ce une coïncidence si on assiste au cours de ce festival à une sorte de recrudescence de la cigarette fumée devant la caméra ? Ce geste, si familier au cours des années 80, est pourtant devenu de plus en plus rare dans le film à mesure que les années passent.

Plus classiques, certains jouent avec leurs mains pour mimer le cadre d'un plan (le cinéaste iranien Mohammad Reza Fartousi n°2379, Waleed Al Shehhi n°2398) ou prennent en photo Gérard Courant en train de les filmer (Hussein Al Najjar n°2399, employé irakien du festival).

 

Une fois de plus, il est amusant d'observer l'attitude des modèles face à la caméra : la ravissante Layal Assaf (n°2371), très à l'aise, pose devant la mer et se tourne afin de montrer ses deux profils tandis que la plus timide Sarah Ahmed (n°2375) arbore un magnifique sourire mais évite soigneusement de fixer la caméra. Du coup, elle ne sait plus où regarder...

J'étais en train d'élaborer une théorie sur l'attitude très décontractée des syriens lorsque la voix de la sagesse m'a un peu modéré en soulignant avec justesse qu'il était un peu cavalier de tirer des généralités à partir de deux portraits. Toujours est-il que le présentateur de télévision Subhy Otry (n°2374), chemise ouverte et coiffure à la mode (avec gel de rigueur) n'hésite pas à se lever, à sortir du champ et à montrer ainsi un jean élimé tout à fait conforme au style du personnage. Moins « arrogant », le journaliste Ibrahim Haj Abdi (n°2378) a lui aussi la panoplie complète du séducteur de festival : gel dans les cheveux, lunettes de soleil et la cigarette fumée nonchalamment.

 

Pour terminer, signalons les portraits où Gérard Courant fait d'hitchcockiennes apparitions, que ce soit dans les lunettes de la canadienne Maria Herman (n°2393) ou derrière une vitre au cours du portrait de la française Delphine Garde-Mroueh (n°2387). Mais la plus belle de ces apparitions est indéniablement celle du portrait « gigogne » du cinéaste émirati Saleh Karama (n°2386) qui pose dans des toilettes, devant un miroir qui offre ainsi une belle perspective en diagonale : le modèle, son reflet et le cinéaste, très concentré, qui filme sur le côté droit du plan. Dans ce lieu insolite, Saleh Karama joue avec de l'eau et s'en met sur le visage pour faire mine qu'il pleure. Mais au-delà de ses gestes, c'est la composition de ce plan qui attire l'attention du spectateur...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Dimanche 13 octobre 2013 7 13 /10 /Oct /2013 22:29

Cinématon 2341–2370 (2011) de Gérard Courant

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Vyva Diamms Cinématon n°2343 

 

Il s'est passé quelque chose d'étrange durant ma longue course « cinéma(ra)tonesque » : alors que j'avais trouvé un bon rythme pour enfin arriver à des portraits croisant mon histoire personnelle, ce passage du film a également marqué un brutal coup d'arrêt à mon effort.

Il fallait repartir dans des territoires inconnus et j'ai eu du mal à me remettre en route. C'est chose faite avec une étape qui démarre de manière familière puisque nous nous retrouvons, une fois de plus, chez Alain Paucard. Il convient de noter que depuis ma dernière chronique sur le Cinématon, j'ai eu l'occasion de visiter ce fameux appartement où furent tournés tant de portraits et que cet excellent souvenir m'est revenu à l'esprit à la vision des premiers films, notamment celui de Danielle Marc (n°2342), cinéphile qui ne cesse de bouger, qui répond au téléphone (fixe), qui montre à la caméra un livre de Jean Dutourd et qui profite de son temps pour savourer un bon verre de rouge (faut-il vous préciser qu'Alain Paucard est un bon vivant et que je suis sorti bien saoul de chez lui ?)

 

A Paris, Courant filmera également Vyva Diamms (n°2343), comédienne et créatrice de bijoux qui pose dans une tenue assez extravagante donnant l'impression qu'elle sort du film L'Apollonide ou d'une toile symboliste « fin de siècle ».

 

C'est au festival de Manosque que le cinéaste a ensuite tourné quelques portraits, celui de l'organisateur Pascal Privet (n°2344) (beau plan en extérieur) et celui du cinéaste coréen Jeon Soo-Il (n°2345) dont le prochain film (Pink) sort à la fin du mois sur nos écrans. Ces deux personnalités, Gérard Courant les a filmées de manière plus longue dans ses « carnets filmés » consacrés à ce festival qui rendait alors hommage à Luc Moullet.

 

Dans un parc à Montreuil, il immortalise le critique Emeric de Lastens (n°2347) (contributeur à la revue Vertigo) et une jolie étudiante britannique, Lucie Wright (n°2348) qui a l'air très intimidée par la caméra de Courant.

 

Mais l’événement de cette étape, c'est la participation de Gérard Courant (en avril 2011) au 4ème festival du film du Golfe à Dubaï. De ce séjour aux Émirats Arabes Unis, le cinéaste va rapporter un nombre impressionnant de Cinématons. Pour un spectateur occidental, les personnalités filmées ne diront sans doute absolument rien mais pour le projet global du film, ces portraits sont importants pour plusieurs raisons :

 

1- Pour Courant qui cherche à filmer toutes les nationalités possibles, ce fut l'occasion d'avoir des individus venant de pays peu connus pour leurs cinématographies (doux euphémisme) : cinéastes irakiens, yéménites ou d'Arabie Saoudite et du Qatar, poète venu de Bahreïn (Quassim Haddad n°2353), producteur koweïtien, écrivain syrien (Ziad Abdullah n°2361)...

 

2- Les personnalités filmées apparaissent comme des modèles « vierges », n'ayant sans doute jamais vu un Cinématon. Il se dégage, du coup, de ces films une certaine spontanéité et un primitivisme qui renvoie aux premiers essais tournés au début du projet. De plus, le noir et blanc de rigueur désormais dans le dispositif et l'image vidéo souvent « cuite » par le soleil (j'aime ce côté « imparfait ») dont une certaine intensité à ces portraits. Peu « d'action » mémorable mais le caractère minéral de certains visages (qui ne bougent parfois presque pas au point qu'on pense à un arrêt sur image) rappelle les débuts du cinéma.

Certains tirent néanmoins leurs i phone de leur poche pour prendre en photo ou filmer Courant (Mahdi Ali Ali n°2364). Parfois, c'est le second plan qui attire l’œil, comme ce couple en grande discussion pendant le portrait de Kassem Hawal (n°2365) ou encore le reflet du « filmeur » sur la vitre derrière Haider Rashid (n°2358).

 

3- La troisième remarque que je m'apprêtais à faire concernait l'absence présumée de femmes dans ce festival. Il faut attendre le 9ème film pour voir apparaître une journaliste voilée de Bahreïn (Mansoora Al Jamri n°2359). Mais ce cliché volera assez rapidement en éclats puisque l'étape se terminera par quatre beaux portraits de femmes (non voilées). Si la critique de cinéma égyptienne Amel El Gamel (n°2367) semble s'ennuyer ferme (mettons sur le compte de la fatigue – le film a été tourné à deux heures du matin ! - ce sentiment qu'elle dégage), la jeune et jolie Aisha Al Douri (n°2368) (présentatrice de télévision irakienne) nous présente un visage radieux.

 

Rendez-vous à la prochaine étape pour parler à nouveau de Dubaï...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Jeudi 14 mars 2013 4 14 /03 /Mars /2013 11:38

Cinématon 2311-2340 (2010-2011) de Gérard Courant

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Caterina Vinci Cinématon n°2316

 

C'est à Lucca, en Italie, que nous retrouvons Gérard Courant pour une petite dizaine de portraits. Parmi eux, deux des organisateurs du festival : Luca Modena (n°2311) qui se bouche les oreilles (moyen de faire comprendre aux spectateurs qu'ils n'entendront rien ?) et Francesco Giani (n°2312) qui prouve, une fois de plus, l'importance du geste dans la culture italienne puisqu'il passe l'essentiel de son temps à faire mine de dessiner sur une toile imaginaire.

Les portraits les plus réussis de ce festival furent sans doute ceux de trois étudiantes qui seront également les vedettes d'une autre série de Courant : Trio. Erica Bernardi (n°2318) succombe parfois à la tentation de la grimace (ce qui n'est jamais une bonne idée), Camilla Cacciari (n°2317) reste sobre et le plus beau est sans conteste celui de Caterina Vinci (n°2316) dont le beau visage filmé en noir et blanc rappelle celui de certaines héroïnes de Garrel. Son film devient même très émouvant lorsqu'elle parvient, à la fin, à laisser couler quelques larmes. Pour la petite histoire, Caterina Vinci n'est pas une étudiante comme une autre puisqu'elle a entrepris, sauf erreur, une thèse sur... Cinématon !

 

Après ce séjour italien, la balade du jour au cœur de Cinématon a eu une saveur toute particulière pour moi dans la mesure où j'ai assisté à quelques tournages de ces portraits. Le 21 novembre 2010, c'est durant les rencontres cinématographiques de Nice que Gérard Courant va filmer des gens que j'ai eu le plaisir de rencontrer. Le jeune cinéaste Tony Faria-Fernandes (n°2324) avait présenté la veille l'une de ses œuvres en Super 8. Je me rappelle qu'il avait préparé plein d'accessoires pour son Cinématon mais, qu'au bout du compte, il est resté sans rien faire devant la caméra, sinon un sourire intimidé. Pour l'anecdote, muni de sa caméra super 8, il profitera de cette rencontre avec Courant pour faire un portrait du cinéaste sur le même modèle que Cinématon (si mes souvenirs sont bons, il était parvenu auparavant à filmer de la même manière Angelopoulos).

Ce fut ensuite au tour de Marjorie Nouvel (n°2325), étudiante et actrice dans ledit film en Super 8, d'entrer dans la grande famille de Cinématon. Dans le même décor (nous étions sur la plage), elle profite des timides mais très agréables rayons du soleil niçois.

 

Un peu plus tard dans la journée, j'assistai également au tournage du portrait de notre ami Vincent Jourdan (n°2326) que l'on ne présente plus. Sur une place de Nice, en face du cinéma Mercury, Vincent montre à la caméra des photos qui lui tienne à cœur, de sa famille mais également quelques images ayant rapport avec le cinéma. Est-ce que ça vous étonne si je vous dis que l'on aperçoit John Wayne ou encore l'affiche de Stagecoach de John Ford? Seul regret : le soleil empêche parfois de bien distinguer les photos...

 

Je n'étais plus là lorsque Courant tourna ses deux derniers portraits niçois. Et je dois avouer qu'en voyant William Turmeau (n°2327) en t-shirt (nous étions fin novembre!) et Hervé Roesch (n°2328) devant la mer et un ciel parfaitement bleu, j'ai senti monté en moins un immense sentiment... de jalousie !

 

Sans la moindre transition, nous passons de la mer Méditerranée à la station-service d'un Leclerc dans les Deux-Sèvres pour y retrouver le temps d'un « arrêt pipi » (c'est ce qu'il montre...sur un carton, rassurez-vous!) l'excellent « actionniste berrichon » David Legrand (n°2329) qui se peigne frénétiquement les cheveux et la barbe avant de se mettre un sac en papier sur la tête. A ses côtés, le projectionniste Jean-Marc Champeau (n°2330) restera dans sa voiture et se fera filmer derrière le pare-brise.

 

Avant de revenir à Dijon, Gérard Courant va immortaliser Roger Odin (n°2331) qui se livre à un exercice particulièrement séduisant. Se présentant d'abord debout, nous ne voyons pas son visage mais des cartons qui s'interrogent sur le nombre de « Roger » dans le monde (idem ensuite sur le nombre de « Odin » et de « Roger Odin ») avant de montrer de nombreux éléments relatifs à son « identité » : empreinte digitale grossie, vieilles photos, photocopie de diverses cartes (carte d'identité, par exemple). Enfin, il montre son visage mais un carton précise que ceci n'est pas Roger Odin mais un portrait de Roger Odin par Gérard Courant. En un peu plus de trois minutes, le théoricien parvient à une réflexion assez vertigineuse sur la notion d'identité...

 

Après cela, je vais à nouveau assister à deux tournages. Un an et un jour après mon propre Cinématon (le 22 décembre 2010), Gérard Courant me présente à l'équipe de la Cinémathèque de Bourgogne Jean Douchet qui a la gentillesse de m'inviter à manger. C'est au cours de cette belle journée que je ferai connaissance avec Vincent Nordon et même le photographe de plateau Jean-Claude Moireau (auteur d'un livre de référence sur Jeanne Moreau) qui fit un passage éclair.

En fin d'après-midi, c'est Nicholas Petiot (n°2332), alors directeur de ladite cinémathèque, qui sera « cinématoné » . Un verre de rouge à la main, une cigarette à la bouche, il pose devant le Cinématon de Jean Douchet qui défile sur un téléviseur tandis que de mystérieuses mains finissent par cacher son visage derrière un amoncellement de bobines de films conservés. C'est devant ce même Cinématon de Douchet que posera le documentaliste cinéma Philippe Vidal (n°2333) qui profitera de ce moment pour consulter des livres de cinéma (notamment ceux de Douchet : son Hitchcock, son beau-livre sur la Nouvelle Vague, son Art d'aimer...) avant de finir enseveli derrière des livres et des affiches.

 

A noter qu'à partir de Nicholas Petiot, tous les cinématons seront tournés en noir et blanc, manière pour Courant de revenir à un certain « primitivisme » qu'il avait perdu en passant du Super 8 à la vidéo.

 

Pour terminer, une autre personnalité dijonnaise que j'ai déjà eu l'occasion de rencontrer et qui parvint à prouver qu'en matière d'imagination, les « modèles » de Courant n'ont jamais eu vraiment de limites. Si nous avions déjà eu l'occasion d'assister à des Cinématons « érotiques » parfois assez crus ou encore à des expériences assez limites (arrêter de respirer, boire le plus possible, se couper...), l'artiste et vidéaste Lydie Jean-Dit-Pannel (n°2334) innove en se faisant tatouer sur l'oreille son numéro de Cinématon.

 

Jamais l'expression « avoir le cinéma dans la peau » n'aura semblé aussi appropriée !

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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Dimanche 10 mars 2013 7 10 /03 /Mars /2013 18:50

Cinématon 2281-2310 (2010) de Gérard Courant

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Frigide Barjot Cinématon n°2295

 

Pour tenter une habile transition avec le récit de mon entrée dans la grande famille de Cinématon, évoquons d'emblée le cas du philosophe et peintre grec Kostas Mavrakis (n°2282) qui présente, lui aussi, des livres (mais les siens!) et des reproductions de ses œuvres. Seul problème : il va beaucoup trop vite et le spectateur n'a pas le temps de bien voir ce qu'il est en train de montrer.

 

Une fois de plus, les soirées chez Alain Paucard vont constituer les grands moments de l'étape du jour. Le 27 mai 2010, Gérard Courant immortalise Élisabeth Lévy (n°2284) (que je peux désormais considérer comme ma « patronne » puisque j'ai écris quelques textes pour le site  Causeur) qui n'a pas l'air très à l'aise. Soirée très calme où l'écrivain Jean-Louis Harouel (n°2286) défera son nœud papillon avant de le refaire avec dextérité alors que le journaliste Alain Baron (n°2287) répondra au téléphone.

La réception du 14 septembre 2010 sera plus riche puisque nous croiserons les membres « historiques » de la revue Jalons (ceux là même que le grand Manchette qualifiait de « sale pédés décadents ») que ce soit Basile de Koch (n°2294) qui lit son journal en écoutant de la musique, vêtu d'une improbable chemise en jean sans manches ou l'horripilante dame patronnesse des anti « mariage homosexuel » Frigide Barjot (n°2295) qui profite de son temps à l'écran pour se recoiffer et se pomponner. La chanteuse Lou-Mary (n°2296) ne semble avoir aucune envie de se faire filmer et cherche à se cacher (derrière ses cheveux ou ses mains). Elle fait d'ailleurs ce qu'il faut éviter en ce sens qu'on finit par ne voir plus que ce qu'elle cherche à cacher, à savoir un petit bouton au-dessus du menton...

Cette soirée m'a permis de découvrir le visage de l'excellent écrivain Olivier Maulin (n°2299), auteur d'un premier roman, En attendant le roi du monde, que j'ai beaucoup aimé. Arrive ensuite Agnès Bitton (n°2300), une avocate qui commence très calmement son Cinématon en lisant De l'autre côté du miroir de Lewis Carroll avant de lâcher son livre pour se déhancher frénétiquement et  se verser de l'eau dans les cheveux et sur le visage. Le dispositif diabolique de Courant aurait-il des effets indésirables comme l'hystérie ou la transe ?

Le 30 septembre 2010, Courant ne tournera qu'un portrait chez Alain Paucard, celui de Simonne Jean (n°2302), responsable d'une revue de poésie.

 

Entre ces différentes soirées, nous aurons eu l'occasion de découvrir une historienne du cinéma, spécialiste d'André Sauvage, Isabelle Marinone (n°2290) que je cite parce qu'elle enseigne à Dijon et que j'enrage à l'idée de n'avoir pas pu me rendre à la conférence qu'elle a donnée sur Godard récemment ! Pour la quatrième fois, Gérard Courant retrouve l'un de ses vieux complices : le grand cinéaste Boris Lehman (n°2292) qui commence par filmer son filmeur, puis le photographie avant de dissimuler son visage derrière le catalogue de l'exposition Chefs-d’œuvre? du Centre Pompidou Metz où Courant exposait l'une de ses œuvres (sa compression d' A bout de souffle).

 

Début octobre 2010, Courant se rend à Lucca en Italie (où il filmera Abel Ferrara) et poursuit sa série de portraits. Les premiers vus ne sont pas transcendants. Citons néanmoins, avant de nous quitter, celui de Nicola Borrelli (n°2310) qui pose devant une porte dont les poignées forment des espèces de cornes au-dessus de sa tête. Au bout de quelques instants, il quitte son poste devant la caméra et tout se passera alors dans les reflets de la porte vitrée : on le voit discuter avec le cinéaste avant qu'un homme arrive et ouvre l'un des battants de ladite porte pour faire disparaître à jamais son image...

Par Dr Orlof - Publié dans : Cinémarathon
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