Recherché par la police parce qu’il a dérobé des tableaux dans un musée, James (Josh O’Connor) part en cavale et trouve refuge chez l’un de ses amis. Mais la compagne de celui-ci, Maude, lui demande de ne pas rester et de plier bagages dès le lendemain matin. Pull moche, visage renfrogné d’institutrice quadragénaire dépressive, Maude est un peu l’archétype du personnage féminin selon Kelly Reichardt. Dans son dernier film, la cinéaste réussit même l’exploit d’anesthésier la pétillante Alana Haim, inoubliable héroïne de Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, qui tient ici le rôle de l’épouse effacée de James.

 
L’attitude ambivalente de Maude me paraît totalement représentative de la manière dont le film accueille le personnage de James : à la fois avec une certaine empathie (« je souhaite que tu t’en sortes ») mais aussi un embarras jamais dissimulé, comme s’il ne savait qu’en faire. D’où l’impression que le récit se délite peu à peu. Débutant comme un faux film de casse, avec un braquage foireux et des complices plutôt maladroits, le film prouve le talent de la réalisatrice pour filmer les lieux (le musée, l’ennui qui suinte de cette petite ville du Massachusetts figée dans un temps indécis *…). La première partie du film, rythmée par une musique jazzy inspirée, se révèle intrigante et parfois assez drôle, nous faisant même songer que Kelly Reichardt aurait les épaules pour adapter à l’écran une des aventures de Dortmunder imaginée par Donald Westlake.
Mais une fois la cavale lancée, la mise en scène se fait plus filandreuse et l’affectation supplante l’inspiration. Ce n’est pas tant la lenteur qui gêne que ce sentiment de ne pas savoir quoi faire de son médiocre anti-héros. Même si c’est à un degré moindre que l’invertébré Showing upThe Mastermind manque d’une structure qui permettrait à James d’exister autrement que comme un pantin balloté au gré des événements. Quand Kelly Reichardt recourt à un long panoramique dans la chambre d’hôtel où il est en train de trafiquer des papiers d’identité, on se demande quel est l’intérêt de ce mouvement d’appareil gratuit, là où Gus Van Sant donnait une force incroyable à cette figure de style dans Elephant (le panoramique enfermait les jeunes dans une spirale lancinante et fascinante d’ennui, de violence et de réification). Tout le film est à l’avenant : à la fois maîtrisé (la cinéaste est parfaitement consciente de ses effets) mais aussi affecté, cultivant (à l’instar du dernier Jarmusch) un décalage un tantinet apprêté.
L’ensemble n’est pas mauvais mais j’avoue que l’incroyable aura critique dont bénéficie Kelly Reichardt me laisse un peu perplexe…
 
*Le film se déroule dans les années 70 mais il faut un certain temps pour s’en apercevoir (peut-être lorsque James utilise une cabine téléphonique) et l’on imagine très bien une petite ville semblable dans les années 50 ou même aujourd’hui…
 
(The Mastermind, Kelly Reichardt, 2025)
Retour à l'accueil